TRIVULCE
vulce. Après avoir joué le premier rôle dans la guerre de 1483 contre les Vénitiens, il fut banni par le More, jaloux de sa haute position; il servit ensuite le roi Ferdinand contre les barons, et le pape contre Charles VIII, ce qui lui valut le comté de Belcastro. Enfin il passa sous les drapeaux du roi de France, dont il obtint le duché de Melfi, le comté de Pezenasco et le titre de capitaine général, avec la somme nécessaire pour l'entretien de cinq cents chevaux, et le traitement de 2,000 ducats; dès lors il adopta la nation qui le soudoyait. Dans les guerres précédentes, il avait souvent entretenu à ses frais les troupes, entièrement négligées par les princes, et il s'était fait une terrible renommée pour son orgueil et sa sévérité mihtaire. Dans l'armée de la ligue de 1483, les pillards, qui suivaient toujours en grand nombre les campements, rebutés par sa rigueur, formèrent une association, à la tête de laquelle ils mirent un pape avec des cardinaux, des archevêques et des évêques de leur création : au cri de falcetta (petite faux), ils devaient prendre les armes et tuer quiconque leur ferait obstacle ; ainsi organisés, ils pillaient et rançonnaient le pays environnant. Trivulce, pour dissiper cette bande, faisait pendre tous ceux qu'il pouvait saisir, et lui-même égorgeait les coupables. Telles étaient les armées, tels les capitaines.
Trivulce, il est vrai, sut aussi pardonner : il ne fit aucun mal à un assassin embusqué pour le tuer ; une bande de vauriens espagnols ayant formé le complot de se révolter, parce qu'ils ne recevaient pas leur solde, il les paya de ses propres deniers. On peut l'accuser d'avoir souvent changé de bannière et servi les étrangers contre sa patrie ; mais ce crime est commun aux capitaines d'alors, qui, dans leurs alliances, ne se croyaient pas moins indépendants que les rois d'aujourd'hui. Néanmoins, malgré les éloges dont l'a comblé un célèbre biographe, nous ne saurions voir en lui qu'un soldat ; dans l'hypothèse même où il n'aurait pas fait de la force le brutal abus qu'il pouvait, le titre de grand ne lui conviendrait que s'il avait combattu pour la cause nationale.
Le More l'avait fait pendre en effigie comme traître, et Trivulce, dès lors, poursuivit sa vengeance avec acharnement. Servi par son courage et des intelligences, il s'empara en peu de jours de Valence et de Tortone , qu'il laissa piller sans miséricorde. Galéas Sanseverino , à qui le More, son beau-père, avait confié toutes ses forces, prit la fuite, traître ou lâche, sans attendre