‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 156 sur 352 · FUITE DE LUDOVIC · texte numérisé non relu

FUITE DE LUDOVIC

l'ennemi, bien qu'il s'appuyât sur l'importante forteresse d'Alexandrie. Les Vénitiens, sur ces entrefaites, arrivaient à Caravaggio et à Lodi. Bien que le duc eût tenté de regagner les cœurs en exposant sa propre conduite et les méfaits dont il s'était abstenu, en donnant et restituant des fiefs aux seigneurs, en faisant des concessions qui ne sont nullement appréciées quand la peur les inspire, les Milanais se soulevèrent et tuèrent Landriano, ministre des finances. Ce duc sollicitait partout des secours : de Maximilien , auquel il promettait de céder la Valteline, Bormio et même Côme; du roi de Naples, en lui niontrant qu'il était sa sentinelle avancée. Il écrivait à Galéas Visconti, son ministre en Suisse: a Nous ne pouvons vous « expliquer la situation déplorable et la terreur où nous som- «mes, mais nous voyons bientôt cette ville perdue , et, par « suite, le reste de l'État, si une grosse troupe de gens n'arrive « pas ici sans le moindre retard. Les expressions nous manquent, « et vous pouvez juger de celles que nous trouvons dans cette « extrémité; car nous sommes contraint de nous enfermer dans « ce château, où nous attendons que Sa Majesté vienne nous 0 délivrer. Il ne nous reste plus qu'à mourir (1). »

Abandonné de tous , sans secours ni conseil à l'approche de l'heure de Dieu , Ludovic envoya en lieu de sûreté ses enfants et son trésor avec son frère, le cardinal Ascagne; puis, après avoir approvisionné le château de Milan et nommé une régence, il passa la nuit auprès de l'urne de Béatrix d'Esté , dont il était veuf depuis quelque temps : femme vertueuse peut-être, mais certainement énergique , elle avait soutenu le courage de son mari , plem de respect pour elle , et qui plaça toujours son nom dans ses actes , sur ses tableaux et les édifices construits par ses ordres. Enfin, comme on ne répondait à ses larmes et à ses prières que par des malédictions, il s'enfuit en Allemagne par Côme et la Valteline. Alors les capitaines abandonnent sa cause; le peuple soulevé fait appeler les Français et Trivulce, et le duché, dans l'espace de vingt jours, change de maître sans qu'une goutte de sang soit répandue. Le roi Louis XII arrive quand tout est consommé ; puis, dès que la trahison lui a même 2 octobre. ''^^'^ "^ château, il entre pompeusement dans Milan , célébré comme un héros qui apporte la paix et la liberté , vaines acclamations dont la foule est toujours prodigue.

(1) ROSHIA'I, Hist, de Jean-Jacques Trivulce, p. 322.

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