‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 157 sur 352 · LOUIS XII A MILAN · texte numérisé non relu

LOUIS XII A MILAN

Mais, selon la coutumo, les vaincus durent payer les dépenses : les Milanais payèrent 300,000 ducats de contributions pour s'être révoltés contre la France en accueillant le More; les gentilshommes favorables à ce duc perdirent leurs maisons et leurs propriétés, qui furent distribuées aux sujets de la France ou à ses partisans; la ville eut à payer 120,000 ducats par an. Le roi , néanmoins, pour affecter la popularité, s'invitait à dîner ou à souper chez les seigneurs , et tenait leurs enfants sur les fonts baptismaux. 11 restitua aux nobles le droit de chasse que les Sforza s'étaient réservé, affranchit les prélats de l'obligation de fournir chacun un bœuf pour la table ducale, et augmenta le traitement (les professeurs de l'université de Pavie, qui fut réouverte ; entln il accueillit les gens de lettres, les artistes, et arma des chevaliers.

La réforme qu'il introduisit dans le gouvernement, et qui survécut aux révolutions postérieures, mérite plus d'éloges : au conseil secret et à celui de la justice, qui fonctionnaient auprès du duc, il substitua un sénat composé de sept personnages à toges, de cinq militaires et trois prélats, nommés à vie, sous la présidence d'un grand chancelier qui gardait les sceaux du roi ; tribunal suprême sur le modèle du parlement français, et qui pouvait suspendre (interinare) les décrets royaux quand ils étaient contraires aux droits et aux intérêts du pays.

Louis, qui connaissait le meilleur i moyen de déguiser la servitude, ne confia les emplois qu'à des hommes du pays : il nomma avocat fiscal Jérôme Morone, un des plus fins politiques; président du sénat, Goffredo Caroli de Saluées, légiste renommé (1); pour son lieutenant, Trivulce, auquel il donna Vigevano, afin de le dédommager des pièces de canon trouvées à Milan, qui devaient lui appartenir, et qu'on estimait .oO,000 écus; en outre, il le fit maréchal de France, avec autorisation de mettre sur pied quatre cents lances italiennes, dont les chefs étaient laissés à son choix. Mais, au lieu de se concilier tous les partis, comme l'exige toute domination nouvelle, Trivulce voulut sa-

(1) Il fut grand protecteur des hommes instruits, qui reconnurent ses bienfaits par des louanges et des dédicaces. ArcangeloMadrignano, cislercieti du monastère de Chiaravalle, en lui dédiant son ouvrage du Portugal dans l'Inde (Milan, 1508), lui prête un long discours sur la cosmographie, puis rappelle ses bienfaits et les emplois divers qu'il donna à un grand nombre de personnages renommés dans les sciences, les lettres et les arts.

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tisfaire ses] haines d'exilé. Sans pitié pour les nobles gibelins , il les accabla de charges , et ne se souvint pas de ceux qui l'avaient aidé à triompher ; il excitait l'envie par un luxe insultant. A l'arrivée de Louis, il fit couvrir une grande'partie de la t-ugahella, où se trouvait son palais, et du cours de Porta Romana ; puis, après l'avoir ornée comme une salle, il offrit un banquet à mille commensaux, parmi lesquels cent vingt seigneurs et cinq cardinaux. La nuit venue, le lieu de la réunion fut éclairé a giorno, et le festin se termina par des mascarades et des danses.

Les nobles , mécontents d'obéir à un compatriote, interprétaient dans un sens défavorable chaque acte du traître, du trois-visages; puis, des murmures passant à l'insurrection, ils couvrirent de barricades Porta Ticinese , et défendirent Marc Cagnola, dont il voulait démolir la maison, de telle sorte qu'il dut faire d'humbles propositions. Le peuple, qui, selon son habitude , s'était imaginé que les Français devaient lui procurer une vie de délices , voyant que toutes choses restaient dans le même état, se plaignait et appelait traîtres tous ceux qui avaient abandonné le More. D'ailleurs les débauches et l'insolence des soldats français fournissaient une ample matière aux chefs gibelins, qui exagéraient leurs excès et envenimaient les esprits.

Le More, réduit à l'extrémité, avait rendu la liberté à Galéas, fils de son prédécesseur, en conseillant toutefois à Isabelle, sa mère, de ne pas le confier aux Français ; mais cette femme, entraînée par la commune illusion qui nous fait voir des amis dans les ennemis de nos ennemis, remit l'enfant entre les mains du roi Louis, qui, plus cruel que l'usurpateur, le contraignit à se faire moine. Bien plus, dès cette époque, les Français insultaient la nation dans ce qu'elle a de plus noble, les beaux-arts. Charles VIII emporta du royaume de Naples un grand nombre de livres ; Louis XII envoya en France la bibliothèque Viscontéenne de Pavie, dissipant ainsi le trésor le plus précieux de la France, l'amour qu'elle inspire.

Le More, qui, d'au delà des Alpes , comme Bonaparte de l'île d'Elbe, épiait quel vent soufflait de Lombardie, et, comme tous les bannis, voyait une espérance dans tout bruissement de feuillage, se flatta de pouvoir reconquérir l'autorité. Maximilien l'avait accueilli avec l'intérêt de la compassion et de la parenté, en lui promettant des secours, mais sous la condition de recevoir des avances pécuniaires. Le More , s' apercevant qu'il ne visait qu'à son argent, préféra le dépenser pour solder des troupes dans

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