‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 164 sur 352 · URBIN · texte numérisé non relu

URBIN

et l'affabilité, mais qu'il surpassait par de rares talents militaires. Ses rivaux néanmoins ne restèrent pas tranquilles;, et les Malvezzi surtout formèrent le complot de le tuer. Mais on découvrit la conjuration; quelques-uns parvinrent à s'enfuir, dixliuit furent pendus, et les autres, proscrits. um Eugène IV avait conféré le titre de duc d'Urbin à Odo-An-

toine de Montefeltro, qui, au bout de deux ans, périt victime d'une conspiration, Frédéric, son frère naturel, élève de Victorin de Feltre, et bon capitaine, lui fut donné pour successeur. 11 obtint du roi de Naples l'ordre de l'Hermine, celui de la Jarretière du roi d'Angleterre, et du pape le titre de duc; puis, avec les immenses richesses que la guerre lui avait procurées et les dons qu'd avait obtenus, il fortifia le pays. « Dans l'âpre site d'Urbin il bâtit un palais, le plus beau que l'on voie en Italie ; il le pourvut si bien de toutes les choses nécessaires qu'on l'aurait pris non pour un palais, mais pour une ville ; non-seulement il le remplit de ce qui est d'usage ordinaire, comme vases d'argent, ameublements de chambres, riches étoffes d'or et de soie, et autres objets semblables, mais il ajouta pour ornement une infinité de statues antiques en marbre et en bronze, de magnifiques peintures et des instruments de musique de toutes sortes; toute chose y était excellente et très-belle. En outre, au prix des plus grands sacrifices, il réunit un grand nombre de très-bons et très-rares livres grecs, latins et hébreux, qu'il orna d'or et d'argent, estimant que c'était là le trésor le plus précieux de son palais (1). »

Il s'entourait d'hommes de mérite, et chargeait des agents d'aller partout s'informer des besoins de ses sujets, afin de secourir les pauvres honteux ; il s'entretenait des affaires particulières avec les citoyens, quels qu'ils fussent. Bernardin Baldi, qui le présente comme le modèle des vertus civiles et guerrières, raconte de lui « un acte insigne de justice ». Au siège de Barchi, sur le territoire de Rimini, il proclama qu'il laisserait aller libres soit les habitants, soit les soldats de la ville, selon que les uns ou les autres seraient les premiers à rendre la forteresse, se réservant de traiter les retardataires à discrétion. Ce fut alors à qui céderait le premier; les soldats l'emportèrent et chacun d'eux put se retirer avec tout son avoir. Le duc néanmoins permit aux bourgeois de sortir avec tout ce qu'ils pour-

(1) CaSIIGLIOM, Cortigianv, liv. I.

Page 1