‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 166 sur 352 · PETITS SEIGNEURS CONDOTTIERI ET TYRANS · texte numérisé non relu

PETITS SEIGNEURS CONDOTTIERI ET TYRANS

pour le délivrer; mais l'intervention du roi de Naples et du duc de Milan réussit mieux que la force.

La vie féodale se prolongeait donc parmi ces petits tyrans, qui seuls disposaient de la force, parce que les gouvernements n'employaient que des troupes mercenaires. Toujours à la tête de bandes aguerries et dévouées, qu'ils habillaient et armaient à leurs frais, ils suppléaient à leurs faibles revenus en les menant au service des autres, ou bien en permettant aux princes d'en recruter dans leurs domaines. Associant à cette profession la culture moderne, chacun d'eux voulait avoir dans sa ville une cour, des fêtes et des flatteurs ; comme aux rebelles des seigneurs voisins, ils ouvraient un asile aux gens de lettres et aux artistes; W?, pourvoyaient de cardinaux le sacré collège. De là, un aspect de grande opulence, entretenue par les gains de la guerre ou le produit d'impôts écrasants.

Mus par de petites rancunes, avec des prétentions au-dessus de leurs moyens, les petits seigneurs recouraient aux perfidies, au stylet, au poison, et l'opinion acceptait comme apologie du crime l'audace avec laquelle on l'avait commis. Les uns avaient ravi la souveraineté au peuple, les autres à l'Église, plusieurs à l'empire; mais, pour l'emporter sur un rival, ils se rapprochaient tantôt de celui-ci, tantôt de celui-là, ou bien se liguaient entre eux. Le pape lui-même soutenait parfois un compétiteur pour abaisser l'autre , ou faisait appel à la liberté contre les deux; ainsi, avec un pouvoir d'origine illégitime et de conservation difficile, ils devaient craindre de perdre leurs domaines, convoiter ceux des autres, d'autant plus qu'ils étaient entourés de bandes qui les dispensaient de rechercher l'amour des populations. « Entre autres moyens iniques employés pour s'enricliir, ils faisaient des lois et prohibaient certaines actions; puis ils étaient les premiers qui fournissaient l'occasion de les violer ; ils ne punissaient jamais les coupables, si ce n'est quand ils les voyaient commettre frétiuemment le même délit ; alors ils châtiaient, non pour faire respecter la loi, mais afin de percevoir l'amende. De là naissaient beaucoup d'inconvénients , et surtout celui-ci , que les populations s'appauvrissaient et ne se corrigeaient pas; les individus réduits à la misère s'attaquaient aux moins puissants d'entre eux pour se relever. » (Machiavel.)

Les vignes, les mûriers et les oliviers étaient arrachés au milieu des incursions réciproques ; il ne restait d'autres ressources que les pâturages et la moisson des années où la guerre n'obli-

Page 1