ROME
geait pas à renfermer les troupeaux dans les places fortes, avec le blé non encore bien mûr. Dans la campagne on ne construisait donc que des cabanes; les villages fortifiés résistaient, et, s'ils étaient pris, renversés ou brûlés, il fallait les rebâtir immédiatement pour cultiver les terres, jusqu'au moment où elles furent abandonnées à la stérilité, à la malaria, aux bandes de brigands.
Dans cet état de guerre, quiconque était assez fort pour braver impunément les menaces assouvissait ses instincts brutaux, et les motifs les plus légers engendraient des meurtres et des rapines. Un gentilhomme de l'Ombrie écrasa contre la muraille les enfants de son ennemi, et en cloua un sur sa porte, sans épargner la femme enceinte (1). Oliverotto, neveu et élève de Jean Fogliano , seigneur de Fermo, va servir sous Paul Vitelli, Après s'être signalé par des actions d'éclat, il écrit à son oncle qu'il veut se montrer dans sa patrie avec les honneurs qu'il a gagnés. L'oncle lui permet de venir avec cent cavaliers, lui ménage une réception solennelle, et donne un banquet à toutes les autorités de Fermo; mais, au milieu du festin, Oliverotto ordonne le massacre de Fogliano et des commensaux, et se fait proclamer seigneur.
Les papes, soit qu'ils enlevassent leurs domaines aux anciens princes , soit qu'ils donnassent en tief à leurs favoris des terres de l'Église, détruisaient dans les populations l'habitude delà soumission; en les arrachant violemment aux institutions auxquelles elles étaient affectionnées, ou du moins habituées, ils multipliaient les mécontents et les facilités de se révolter.
Rome, dans Tordre matériel , portait l'empreinte des siècles et des révolutions qui s'étaient succédé ; les temples, les basiliques et les thermes convertis en églises , les palais des Césars surmontés de créneaux et de bastions, attestaient le passage de Fempire , du catholicisme, de la commune, de la féodalité. Chaque quartier appartenait, pour ainsi dire, à une famille : aux Colonna, l'Esquilin; aux Orsini, la place Navona; auxVico, le Transtevere ; d'autres collines, aux Savelli, aux Frangipani. Les quartiers étaient séparés par des murailles et des portes; dans le centre , autour de l'île , s'accumulait la plèbe , besogneuse et turbulente. Le pape se défendait sur le Vatican, et, par le château Saint-Ange, empêchait les citoyens de passer le Tibre. Chaque palais représentait un fief sur une petite échelle,
(1) RiPAMONTI, Uist. Mediolani, VII, 667.