‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 168 sur 352 · ROME DIVISÉE ET TURBULENTE · texte numérisé non relu

ROME DIVISÉE ET TURBULENTE

transféré de la campagne dans la ville, et soumis aux prescriptions hiérarchiques en verlu desquelles la tour du vassal ne devait pas s'élever aussi haut que celle des premiers seigneurs. Tous se regardaient avec une jalousie hostile; tous opposaient leurs immunités à l'exercice de l'autorité publique, et ouvraient de nombreux asiles à la foule des malfaiteurs.

L'industrie et l'agriculture avaient disparu ; Punique source d'existence était la papauté, qui attirait l'or du monde entier; on ne voyait qu'une multitude de clercs, de notaires, de prélats, de banquiers, de solliciteurs et de pèlerins, population flottante qui se soustrayait elle-même à toute loi. Des milUers de charges étaient créées pour le service de la cour et de ladaterie; or, comme elles rapportaient beaucoup, elles se vendaient même avant d'ê tre vacantes, et se négociaient à la hausse et à la baisse, comme aujourd'hui les rentes publiques. Des prélats, des cardinaux, des évêques, moitié prêtres et moitié princes, abandonnaient leurs églises pour venir à Rome dépenser, jouir, faire étalage de magnificence, intriguer 'au milieu d'un luxe élégant et de la licence.

Chaque famille illustre d'Italie voulait avoir un tils dans le sacré collège pour se faire un appui, briller, s'enrichir. Tout cardinal avait une cour de gardes, de camériers, de laquais , de bouffons, de chanteurs, de poètes, et nous tirons le rideau sur le reste. Comme cette richesse était viagère, personne ne s'occupait de faire des épargnes ni d'améliorer les possessions, mais seulement de hâter et de raffiner les jouissances. Un instinct féroce de sang et de trahison s'associait aux plaisirs, ce qui n'est pas rare , comme si la volupté se savourait mieux quand elle pouvait précéder d'un jour une mort violente. La comédie avait pour intermède les assassinats; les poisons des empereurs romains , distillés par de nouvelles Canidies , étaient pour ainsi dire la pudeur de quiconque n'avait pas assez d'audace pour recourir au fer ; mais les poignards du Vieux de la Montagne ne manquaient pas, et du jour où hinocent YTII tomba malade jusqu'à l'élection de son successeur, deux cent vingt citoyens furent assassinés.

Les Orsini, qui dominaient à l'occident du Tibre, se disaient Guelfes; lesColonna, établis au levant et au midi, sur le terrain des antiques Sabins , arboraient la bannière gibeline: mais ces noms n'indiquaient plus qu'un héritage de haines et une fldélité soldatesque telle qu'on l'entendait alors. En général, les Vitelli

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