CÉSAR, DUC DE VALENTINOIS
partageaient la Romagne. La mauvaise réussite ne le décourai^eait point; il avait coutume de dire : Ce qu'on ne fait pas à midi se fait le soir, et il savait que le succès lui ferait pardonner l'iniquité des moyens. On disait proverbialement que le pape n'exécutait jamais ce qu'il disait, et que son fils ne disait jamais ce qu'il exécutait.
Avec l'assistance des Français et le bras du duc de Valentinois, le pape Alexandre entreprit alors courageusement de déposséder les petits seigneurs. Il proposa aux Orsini une alliance contre les autres, en leur offrant de partager les dépouilles avec son fils. Aidé par eux , il expulsa de Forli et dlmola les neveux de Sixte IV, bien que ces villes fussent défendues par l'intrépide Catherine Sforza, qui, faite prisonnière ensuite et délivrée par Louis XII, devint, par un second mariage, mère de Jean Médicis, le fameux capitaine des Bandes noires. Les Sforza de Pesaro, les Malatesta de Rimini et les Manfredide Faenza succombèrent à leur tour; le duc de Valentinois, qui s'était rendu fameux par ses débauches et sa férocité, déclaré gonfalonier de la sainte Église, fut honoré d'un splendide triomphe à Rome, au moment ou le jubilé attirait une grande multitude au seuil des saints Apôtres, et remplissait les coffres du pape. Cet argent accrut les forces de César, qui se retourna contre les Orsini et les déposséda ; puis, s'étant fait lui-même condottiere, il attira sous ses drapeaux, par l'appât d'une solde plus élevée, les mercenaires qui avaient servi les Orsini ou les Colonna, et, avec ces troupes, grossies de soldats français, il s'empara de toute la Romagne, moins Bologne. Alexandre, ayant nommé douze nouveaux cardinaux , le fit déclarer par eux duc de Romagne, et son fils, pour mériter ce isoi litre, résolut de purger le pays des brigands et des révoltés.
Son ambition lui fait alors jeter les yeux sur la Toscane, le Bolonais, les Marches, le duché d'Urbin , et, suivi des auxiliaires français, il se dirige vers ces contrées avec sa promptitude ordinaire ; mais Jean Bentivoglio évite le péril en se mettant sous la protection du roi de France, et le duc de Valentinois se montre dévoué à ses intérêts au point de lui dénoncer les trames que les mécontents avaient oiwdies avec lui-même. Ce tyran oblige alors les fils des maisons principales à égorger les adhérents des conjurés, et trente-huit membres de la famille Marescotti, avec deux cents de leurs fauteurs, furent tués, dit-on. A Sienne, le condottiere Pandolphe Petrucci gouvernait avec sévérité, mais , avec modération, en maître sans doute, mais sans sortir des