‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 173 sur 352 · PARTAGE DU ROYAUME · texte numérisé non relu

PARTAGE DU ROYAUME

France elle-même. En effet, le sentiment catholique s'y était identifié avec le sentiment national , de manière que le clergé ne tit pas d'opposition au monarque. Trois ordres religieux trèsriches, et dont les chefs avaient une autorité princière, devinrent le principal appui du roi, qui s'en déclara le grand maître. La guerre sainte contre les Arabes, si elle n'amena point l'institution d'une armée permanente , permit au roi d'armer la nation entière quand il le voudrait, sans dépendre des feudataires tomme les autres monarques. Ainsi les Espagnols firent leur éducation militaire à l'école toujours bonne des guerres nationales; quand ils connurent la tactique des lansquenets allemands, ils en déduisirent un système militaire que Gonsalve de Cordoue, surnommé le Grand Capitaine, perfectionna dans la guerre d'Italie, en y associant les progrès de l'artillerie et du génie militaire.

P'erdinand, prince puissant, était encore un fin politique, digne de servir de modèle à Machiavel. Maître de la Sicile insulaire, il aspirait toujours à posséder la terre ferme, comme si elle appartenait de droit à l'Aragon, avec l'argent et les forces duquel le roi Alphonse l'avait acquise. Louis XII ne s'aperçut pas qu'il deviendrait bientôt son rival, d'autant plus redoutable que l'empereur était son parent. A Grenade, ils réglèrent ensemble un partage du royaume, qu'on peut comparer à celui qu'on fit plus tard de la Pologne : PEspagne devait avoir la Fouille et la Calabre, et la France le reste. Les papes furent isoo pleins de condescendance envers le roi , qui portait le titre de *^ octobre. Catholique, qui avait détruit la domination musulmane en Espagne, qui était le boulevard le plus fort de la chrétienté contre les Turcs. Ferdinand eut même l'adresse de faire comprendre à Alexandre VI que la possession de la Fouille lui était nécessaire comme base d'opérations pour assaillir les Turcs. En effet, il avait expédié contre eux , avec Pescadre de Venise, une flotte de soixante vaisseaux commandée par Gonsalve de Cordoue, à laquelle il donna Tordre d'hiverner en Sicile, pour être en mesure d'agir contre Naples. Frédéric II, cousin et allié intime de Ferdinand , le reçut sans soupçons et lui confia la forteresse de Gaëte, tandis que lui-même devait se poster dans les gorges de San Germano pour fermer le passage aux Français.

Mais alors les ambassadeurs publient à Rome le partage con- isoi certé, qui soulève l'indignation de quiconque conservait le sens moral , et le royaume se trouve exposé aux débauches de Borgia

Page 1