PARTAGE DU ROYAUME
et aux cruautés d'une soldatesque élevée à massacrer des Américains. Frédéric , entouré par la force et la trahison , se crut perdu et renferma les troupes dans les forteresses. Capoue était défendue par Fabrice Colonna. Tombée par fourberie au pouvoir des Français et du duc de Valentinois, elle souffrit les outrages les plus abominables : un grand nombre de femmes et de religieuses ne purent se soustraire au déshonneur qu'en se précipitant des fenêtres ou dans le fleuve, et beaucoup d'autres furent vendues. Les violences avaient cessé, lorsque le duc de Valentinois, informé que plusieurs Gapouanes s'étaient réfugiées dans une tour, en choisit quarante des plus belles.
De pareilles horreurs firent naître un tel découragement que Frédéric eut à peine le temps de s'enfuir à Ischia, emmenant avec lui sa femme et quatre enfants, sa nièce Isabelle, veuve de Sforza, duc de Milan , sa sœur Béatrix, d'abord femme deMathias Corvin, roi de Hongrie, ensuite de Ladislas II, roi de Bohême; puis, au lieu d'attendre les événements, il se détermina, par horreur de Pinfamie de l'Aragonais, à traiter avec la France, à laquelle il abandonna tous ses droits, en stipulant une amnistie pour ses partisans. Il se rendit en France (1), où il obtint le comté d'Anjou et 30,000 ducats, mais avec défense de sortir d'un royaume dans lequel il était pourtant venu avec un sauf-conduit. Gonsalve lui-même, qui s'emparait des villes destinées à son maître, jurait sur l'hostie à don Ferrand, fils aîné du roi, qui
(1) Le poêle Jacques Sannazar ne l'abandonna point dans son malheur; après avoir vendu tout ce qu'il possédait pour subvenir à ses besoins, il le suivit volontairement dans l'exil, et, à son départ, il saluait sa patrie par ces vers où respire l'affection (Épigiani., liv. vii) :
Parthenope mihicuUa, vale, btundissima siren ;
Atque horti valeant, Hesperidcsque tuœ; Mergiltina vale, Tiostri memor : et mea flentis
Serta cape, lieu ! domini muncra avara tui. JUalernœ salvete umbrœ, salvele paterna;,
Accipite et vestris lliurea dona focis.
Keve nega opialos, virgo Scbctitias, amnes,
Absenlique tuas det milii somnus aquas ; Det fcsso œstivas umbras sopor, et levis aura,
Fluminaque ipsa sito Icne sonent strepilu. Eocsilium nani sponte sequor. Sors ipsa favebit :
Forlibus hœc solita est sœpe et adesse viris. Et milii sunt comités musœ, sunt numina vatum;
Et mens lœla suis gaudet ab aiispiciis, Blanditurque anima constatis senientia, quamvii Exsilii meritum sit satis ipsa (ides.