‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 175 sur 352 · LUCRÈCE BORGIA · texte numérisé non relu

LUCRÈCE BORGIA

•défendait vaillamment Tarente, de respecter sa liberté; mais à peine fut-il maître de la place qu'il l'envoya en Espagne, où il fut gardé prisonnier toute sa vie. Ainsi finissait dans les prisons la race aragonaise, qui avait dominé soixante-cinq ans ; le royaume resta divisé en deux parties, l'une française sous le vice-roi d'Armagnac, l'autre sous le Grand Capitaine.

Au milieu de ces victoires, Alexandre VI assaillit les domaines des Colonna et des Savelli, qui s'étaient déclarés pour le roi Frédéric, et les réduisit à l'obéissance. Pendant ces expéditions, il laissait dans le palais du Vatican sa fille Lucrèce , pour que, de cette demeure, elle gouvernât le pays. Lucrèce avait d'abord > épousé un noble napolitain; mais Alexandre, quand il eut ob- ■ tenu la tiare, rompit ce mariage pour la donner à Jean Sforza , seigneur de Pesaro. Le pape ne tarda guère à trouver plus ho- , norable une alliance avec Alphonse d'Aragon, prince de Sa- ' lerne et fils d'Alphonse II; mais, lorsque cette maison fut détrônée, Alphonse périt assassiné sur l'escalier du Vatican. Alors on chercha pour cette jeune fille, mariée trois fois à dix-sept ans, sans parler de ses nombreux amants, un époux plus il- ! lustre dans Alphonse d'Esté, fils du duc de Ferrare, qui, redou- 1502 I tant le duc de Valenlinois, accepta celte union honteuse.

Alexandre assigna à Lucrèce Sermoneta, enlevée aux Gaetani, et le gouvernement perpétuel du duché de Spolète; elle apportait à son mari 100,000 ducats en or, des joyaux et des meubles d'un firix inestimable, les villes de Cento et de la Pieve, outre l'héritage futur des biens paternels. Le mariage fut célébré (dans le palais pontifical, et le pape « lui offrit une paire de pantoufles qui valait plus de 3,000 ducats, ce qui peut donner une idée du prix de ses autres joyaux et objets de luxe». Ainsi s'exprime un chroniqueur (1), auquel nous devons le taj bleau des infamies horribles dont furent souillées les fêtes de ce i mariage, infamies peut-être inventées, mais qui furent publiées. Dans son voyage, Lucrèce fut accompagnée par des ambassadeurs, des évêques, des gentilhommes, et telle était la magnificence de son cortège que l'on y comptait quatre cent vingt chevaux, deux cent trente-quatre mulets, sept cent cinquantetrois personnes. La cour d'Urbin et les principaux citoyens de Ferrare vinrent à sa rencontre avec des arbalétriers, des trom-

(1) Matabazzo, p. 188.

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