SES ÉCRITS
du salut de la patrie, il ne faut se laisser guider par aucune considération du juste ou de l'injuste, d'humanité ou de rigueur, de ce qui est louable ou ignominieux. » Et il proclame cette maxime des terroristes de 93;, que, a dans les exécutions, il n'y a aucun péril, parce que celui qui est mort ne peut songer à se venger. »
De semblables conseils, quoique criminels, peuvent être utiles à un Etat conquérant, mais non quand il s'agit, comme chez les modernes, d'un peuple laborieux qui protège non les injustices, mais sa propre indépendance, le fruit de ses labeurs, le progrès, la liberté de chacun. Machiavel, au contraire, ne considère la société que par le côté païen ; quant à la société nouvelle, fondée sur le droit éternel et sur la pitié, il ne la connaît pas ou la bafoue . 11 avait cru en Savonarola, et, quand il vit la politique religieuse échouer, il se jeta dans la politique athée; les croyances lui parurent avoir perdu toute influence, et, dans les croisades, il ne vit même qu'une ruse d'Urbain II. Puis, à la manière des esprits vulgaires, il juge d'après le résultat immédiat, au lieu de considérer les effets lointains et le but tinal ; il admire quiconque brave les opinions et franchit les barrières qui arrêtent l'honnête homme ; en outre, il ne voit pas que l'harmonie tinit par s'établir entre la moralité des moyens et la poursuite assurée du but; il ne s'aperçoit pas non plus que l'homme qui foule aux pieds la justice ne s'appuie que sur des expédients, lesquels, en définitive, trompent toujours ses calculs. Le but suprême qu'il propose à ses héros, c'est l'unité de l'Italie, à laquelle il veut arriver par tous les moyens, quelque immoraux qu'ils soient; il conseille d'anéantir par le fer ou les artifices quiconque fait obstacle à ce dessein, et d'immoler des hécatombes humaines à une idole dont l'unique piédestal est la force.
Dans tous les cas, néanmoins, il demandait la répression des gentilshommes. Le gouvernement républicain lui semble le meilleur, parce que les intérêts de tous y sont confiés aux soins de tous; mais, le voyant accompagné de tant de désordres, il se décide pour la monarchie. Il ne veut pas de gouvernements mixtes, ni de commandements partagés, mais aune main royale qui mette un frein à l'excessive corruption des nobles » ; il lui faut un gouvernement fort, dans lequel il soit impossible aux grands personnages de former des partis, qui sont la ruine de l'État, et Venise, « où l'autorité refrène les puissants, est son modèle » , Machiavel secondait donc l'œuvre qu'accompHssait