‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 180 sur 352 · LA DOCTRINE DE MACHIAVEL ÉTAIT GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DE MACHIAVEL ÉTAIT GÉNÉRALE

alors Henri VIII en Angleterre, Ferdinand en Espagne, Jacques TV en Ecosse, Louis XI en France, Jean II en Portugal, œuvre qui avait pour but d'élever au-dessus des nobles l'autorité des rois, dont on ne prévoyait pas le futur despotisme.

Peut-être, au milieu des violences de ja soldatesque de l'époque, un guerrier, comme son duc deValentinois, était-il seul capable de prévaloir ; mais que cet homme pût asseoir sur des bases solides un ordre convenable de choses, c'était folie de l'espérer. En effet, son héros, malgré l'or de Rome et de la France, malgré ses ruses et ses rigueurs féroces, n'obtint que de minces résultats; pour le faire évanoui , il suffit d'un souffle, il suffit de circonstances qu'il n'avait pas prévues. Venise s'était aperçue que son règne serait éphémère. Un piagnone trouva dans la fin des Borgia un exemple évident de la vérité de cette sentence qui dit : « Les choses violentes, loin d'être éternelles, ne peuvent même durer longtemps, comme les sots l'espèrent chaque jour, bien que chaque jour leur espoir soit trompé (i). » Mais cette chute n'éclaire pas Machiavel, tant le cœur peut obscurcir l'intelligence.

Le peuple a donc eu raison de donner son nom à cette politique inhumaine qui, après s'être proposé un but, n'hésite pas, dans le choix des moyens, entre la justice e(, l'iniquité, l'astuce et la violence. Néanmoins, pour atténuer les torts de Machiavel, disons que ces théorèmes étaient devenus communs. Guicciardini les proclame sans cesse dans son Histoire ; lorsque Pise se soulève contre Florence, il ne blâme pas celle-ci d'avoir poussé; celle-là à la révolte par ses mauvais traitements, mais de n'avoir pas appelé dans ses murs les principaux citoyens, pour les retenir comme otages ; il dit encore : « Après la chute du duc de Valentinois, la Romagne était tranquille, e,\ conservait pour Iqi des dispositions favorables; car elle avait connu par expérience que la sujétion était bien plus tolérable avec un seigpeur seul et puissant, qup lorsque chaque ville obéissait à un prjnce particulier, qui ne pouvait la défendre à cause de sf^ faiblesse, ni li^i faire du bien à cause de sa pauvreté ; en outre, comme ses miflces revenus ne lui suffisaient pas, il était contraint de l'qpprimer. On se rappelait encore que, par son autorité et sa grandeur, par l'administration sincère de la justice, ce pays n'avait pas été troublé par les luttes des partie, (|ui l'agitaient sans cesse aupara-

(1) C'est Nardi à^^i&V Histoire de Florence, livre IV.

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