LES MARCHANDS
les craignait même, leur finesse paraissant astuce , leur galanterie corruption, leur hardiesse mépris.
L'esprit d'économie, les efforts des classes industrielles afin d'améliorer leur condition, la modération dans les jouissances, suffisaient pour balancer les nobles profusions dans les arts et les folles dépenses de la guerre; Smith les comparait à ce que les médecins appellent force curative de la nature, qui guérit souvent le malade en dépit du mal et des remèdes. Florence n'aurait pu repousser tant d'ennemis, ni se couvrir de monuments, si les citoyens, qui avaient des richesses dans les magasins de Venise, de Paris, d'Anvers, de Londres, et sur les navires de la Méditerranée, de l'Euxin, de l'Océan, n^étaient pas venus à son aide ; or, quand il s'agissait de la liberté et de l'honneur de la patrie, ils ne reculaient jamais devant les sacrifices. Réciproquement, le trésor public était une espèce de réservoir pour l'avantage de tous; en 1-466, la seigneurie de Florence prêtait ses fonds à Louis de Pierre Guicc'iardini et à Pierre Capponi, afin qu'ils pussent célébrer leur mariage avec plus de magnificence (1).
Florence nous offre des mœurs entièrement bourgeoises, ce qu'il faut attribuer peut-être aux notions plus complètes que les historiens nous ont transmises sur cette république. Les étroites limites du territoire imposent l'obligation de le cultiver avec les plus grands soins, et de joindre l'industrie au travail des champs; le propriétaire est donc tenu d'économiser et de spéculer. Ailleurs les nobles, ne sachant pas écrire parce qu'Us étaient barons, traçaient une croix au bas des chartes; les Florentins rédigeaient même les procès-verbaux des assemblées des arts et métiers, et les marchands, comme les maimfacturiers, mettaient leur opmion par écrit. Dino Gompagni raconte qu'à l'arrivée de Charles de Valois, on demanda l'avis de soixante-douze métriers, avec obligation « pour chacun de dire par écrit s'il leur était agréable qu'on le laissât entrer à Florence ». Le statut des fabricants de soie de Lucques ordonne que tout tisserand , homme ou femme, tienne un livre pour inscrire les toiles reçues des marchands, afin de pouvoir les confronter avec le registre de ces derniers. Le statut des arts de Calimata, en 1332, parle à chaque ligne de scribes, de registres, de comptes rendus, de bulletins. Oui n'est pas saisi d'admiration à la vue de ces Florentins, occupés dans leurs boutiques à peser de la laine et
(1) Elogio ilorico, clans la Série di uomirii iltustri toscani.
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à mesurer des draps, puis expérimenter dans le conseil toutes les formes possibles de constitution ; demander des manuscrits avec les balles de marchandises, expédier des lettres au petit mercier et aux doctes magistrats ; enregistrer sur le grand-livre, avec les crédits, l'histoire de la patrie ou du monde, introduire la tenue des livres en partie double, les chiffres arabes, l'algèbre, fonder la première chaire de grec, la première de latin, la première pour commenter Dante ! La république avait pour secrétaires un Barthélémy Scala, un Charles Marsuppini , un Colluccio Salutati, un Bonaventure Bonari, et bientôt un Nicolas Machiavel.
Ses nombreux écrivains sont la meilleure preuve de sa haute civilisation. Quand on lit le Gouvernement de famille, on sent à chaque page le souffle de l'économie domestique, qui songe aux détails sans négliger les choses importantes , épargne un sou, mais sait au besoin dépenser les florins par miUiers. L'auteur disait à ses enfants : « Les dépenses arrivent toute l'année, « les jeunes gens prennent de Tàge, il faut préparer les dots ; « les biens personnels ne suffiraient pas à tout. Il est donc né- « cessaire d'embrasser une profession civile, utile, avantageuse « à vous autres , favorable aux vôtres, dont les bénéfices vous « permettent de suppléer à ce qui vous manque. On pourrait « choisir le commerce ; mais, pour ma tranquillité, je donne- « rais la préférence à une occupation plus certaine, et me livrece rais plus volontiers à l'une de ces industries qui emploient « beaucoup de bras, répandent l'argent sur une foule de perce sonnes et profitent à un grand nombre de malheureux. Le c< marchand doit toujours avoir la plume à la main; en effet, si «l'on néglige d'écrire, les choses s'oublient et vieillissent, et « le commis, voyant le maître insouciant, devient paresseux et « mauvais. Rien n'est si profitable, rien n'est plus propre à « faire de bons employés, que la surveillance et la sollicitude du « supérieur; sot est vraiment l'homme qui ne sait parler de ses « affaires que par la bouche des autres, et aveugle celui qui ne et voit que par les yeux d'autrui...
(c Je considère les dépenses comme nécessaires ou non. J'apc( pelle volontaires celles sans lesquelles on peut vivre honnête- « ment, comme d'avoir de beaux livres, de nobles coursiers, de a la vaisselle d'argent, des tapisseries. Quant aux dépenses né- « cesaires, j'aime à les faire sans délai, ne fût-ce que pour me c( débarrasser de ce souci ; je fais donc promptement les dé-
'Mi AKiKURS BOURGEOISES.
« penses nécessaires, mais je procède pour les autres avec pru- « dence, c'est-à-dire je retarde autant que je puis; en effet, je u veux voir si mon désir persistera dans cet intervalle, et , s'il « persiste, j'ai plus de temps pour songer au moyen de moins M dépenser et de mieux me satisfaire. »
Avec quel bon sens viril, avec quelle bonté sans fadeur, avec quelle supériorité sans arrogance ne traite-t-il pas la femme ! « Le mari et la femme doivent faire comme ceux qui montent la et garde sur les remparts au service de leur patrie ; si l'un d'eux « s'endort , il ne lui advient pas de mal quand son compagnon « le réveille^ Ainsi Ihomine doit tenir à grand bien que sa femme «c l'avertisse s'il tombe dans une faute. Lorsque je pris femme, je « lui dis : Ma tendre épouse, il me sera surtout agréable c/ue lu « fasses trois choses : la première que, dans ce lit , tu ne désires ^i pas d'autre homme que moi (elle rougit et baissa les yeux); la « seconde, que tu, soignes bien notre j a) ni lie et V élèves dans l'hon- « nêleté et la tranquillité; la troisième, que tu pourvoies à ce « que les affaires domestiques ne viennent pas à mal. J'eus soin V de lui persuader d'avoir une conduite honnête, bien que la « vertu fût sa qualité naturelle. L'honnêteté de la mère^\\n dis-je, « fait toujours partie de la dot de ses filles ; une belle personne « plait d'abord, mais une conduite déshonnéte la rend tout à « coup vile et laide. Ma chère épouse, ce n'est qu'à moi que tu c( dois plaire, et songe que tu ne pourrais me plaire en voulant i< me tromper, en te montrant à moi celle que tu ne serais pas. (f Toutes les femmes obéissent à leurs maris quand ils savent « cire maris. Il ne me plut jamais de me soumettre à ma femme, « et je n'aurais pas cru pouvoir me faire obéir par elle, si je <( lui avais montré que j'étais son esclave. »
Des personnes de grande famille écrivaient sur l'agriculture, cO)nme Vittori; sur les arts, comme Neri, ou sur la vie sociale, comme Palmieri. Quand on feuillette les ricorai di cose famiijliari, les quaderni de' conti, les prioristi, comme on appelait • me espèce de registre sur lequel on inscrivait les prieurs de l'année et les principaux événements, on est étonné de rencontrer la maturité du bon sens jointe à la plus grande perspicacité. L'éducation publique était complétée par les leçons domestiques; car le père ou l'aïeul enseignait à l'enfant la lecture, le iatin alors nécessaire, l'histoire du pays et les affaires. La servante y ajoutait des récits de sorcières et de voleurs, le tout en- Iremèié de proverbes, non sans grossièretés, ni sans blesser la
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pudeur. On improvisait des airs de musique ; avec la flûte, la clarinette, la mandore, on accompaîïnait les chants dans les rues, la danse, ou les rispetfi (pièces de poésie que les villageois chantent sous les fenêtres de leurs maîtresses) ; souvent on ra contait des nouvelles et l'on faisait le récit de ses propres voyages ou de ceux de Marco Polo.
Des gens illettrés composaient même des poésies, et l'élite des citoyens se réunissait à Calimata, dans la boutique du barbier Burchiello, pour discourir, plaisanter, improviser. Ce barbier, toujours gai , facétieux et railleur, faisait des vers remphs de quolibets vulgaires et d'idées de carrefour ou de lupanar, mais qu'on relit à cause de ce naturel qu'on trouve si rarement dans les poètes italiens. Nous citerons à côté de lui Dino de Tura, autre poète grossier ; le sonneur de cloches Antoine Piicci, contemporain de Sacchetti, qui, dans le Centiloquio, mit en terzine l'histoire de Villani, en faisant chaque chant de cent terzine, et acrostique la première lettre de chaque chant. Un peu plus tard, le barbier Lazzero, esprit bizarre, composait des vers dans un style élégant et poli.
Tandis qu'ailleurs il n'est presque fait mention que de la vie des seigneurs, chez les Toscans, le notaire et le marchand figurent dans ces livres, sans parler de quelque biographie écrite pour honorer une famille. Un grand nombre de ces manuscrits sont oubliés; mais beaucoup d'autres, qu'on a publiés, nous otfrent la peinture la plus vraie de la manière de vivre d'alors. Parfois c'était l'œuvre de gens infimes, qui se glorifiaient de leur métier, comme d'autres de leur blason. L'un d'eux écrit : « Mon aïeul fut maréchal, et, dans sa ville, il occupa le premier « rang parmi ses confrères; il eut trois fils. Gristofano exerça la « profession de son père, et mon père lui succéda ; or, comme « mon père voulait qu'un de ses fils fut maréchal, il me fallut « abandonner l'étude de la grammaire, selon ses désirs, et dirl- « ger sa boutique. Ainsi ma famille a fourni six maréchaux ferce rants l'un après l'autre, et j'ai été le septième (l). »
Guide d'Antella écrivait, à partir de 1298, ses souvenirs domestiques. Il commença, dit-il, à travailler sous des négociants, (|uil représenta en Provence, en France, à Naples, à Acre, et devint ensuite leur associé ; il mentionne tous les faits relatifs aux affaires, aux mariages, à ses possessions. Ses fils continuèrent
(1) Ap. MaNM, Jlliistrnz'ioiie (Ici Dcranii-rone, |>. i^I.
ces notes : tantôt il s'agit d'iin mariage avec une femme qui apporte, en dot ou dons, 730 florins d'or; tantôt, de l'achat d'une maison qui coûte 212 florins; tantôt, d'une servante moyennant les gages de 6 florins par an, ou bien û'une esclave au prix de 30 livres ; tantôt, d'une nourrice à domicile qu'on paye 16 florins d'or, ou bien, si elle n'habite pas la maison, on lui donne par mois 50 sous, plus un berceau, un mantelet avec seize boutons à creux d'argent, un mantelet bleu, une jupe de couleurs diverses, cinq pièces de laine, cinq langes, quatorze pièces de lin, une couchette de plumes, un oreiller avec deux taies. Au prix d'une boutique on ajoute une oie grasse, qui se livre à la Toussaint ou le jour de Noël. Dans la culture des propriétés, on trouve déjà cette société entre maîtres et laboureurs, qu'on appelle métayage, qui assure une protection au colon et le met en communauté d'intérêts, d'affections, presque de famille avec le maître; le maître, outre le fonds qu'il donne, contracte l'obligation d'avancer au paysan l'argent nécessaire pour acheter des bœufs.
GalganoGuidini, à vingt-huit mois, perdit son père, qui ne lui laissa que des dettes ; mais sa mère, pour l'élever, ne voulut pas se remarier. Son grand-père le prit dans sa maison , commença son éducation, et lui fit même expliquer Donat, puis l'envoya étudier la grammaire à Sienne; bientôt il put donner des répétitions, et devint enfin notaire. Après la mort de son aïeul , qui avait fait un peu d'usure, sa mère s'empressa de restituer. Galgano remplit avec succès les fonctions de notaire, qui lui permirent d'économiser et de faire des acquisitions. Introduit auprès de la bienheureuse Catherine, il s'enthousiasma pour elle et pour Dieu, au point qu'il aurait abandonné le monde, si les efforts de sa mère ne l'avaient amené à se marier. Catherine, vivante et morte, fut toujours l'objet de sa vénération ; il lui demandait des conseils, et traduisit en latin les œuvres qu'elle écrivait en italien, parce que « tout homme instruit ou versé dans la grammaire lit moins volontiers les choses qui sont faites pour le vulgaire » . Il eut plusieurs fils : « Au premier, dit-il, je donnai le nom de François, en l'honneur de saint François, objet de ma dévotion; je résolus même de le faire entrer dans son ordre, et je veux qu'il en soit ainsi. » De ses nombreux enfants, la plupart eurent des nourrices, et sa femme en allaita quelques-uns (1).
(1) Archives historiques, W.
Bonaccorso Pitti , aussi adroit qu'un chevalier d'industrie du siècle dernier, nous a raconté de bizarres aventures. En 137G, il se rendit en Prusse pour vendre du safran, et passa àBude, où il tomba malade dnns une hôtellerie. Une bande d'ivrognes, qui faisaient bonne chère et sautaient dans une salle voisine, entendent ses cris plaintifs, l'arrachent de son lit et l'obligent à danser avec eux; cet exercice lui procure une sueur qui le guérit. Deux jours après, il gagne au jeu 1,000 florins à un Florentin, directeur de l'hôtel des monnaies ; il se procure alors six chevaux , quatre serviteurs, un page, et retourne dans sa patrie avec 400 florins qui lui restaient. Là, il s'enflamme pour une certaine Gemma, qui demeurait à la porte Pinti, et fait tant qu'il peut l'aborder et lui dire son amour ; à cette déclaration elle répond : C'est bien, va-f'eri à Rome. Croyant lui prouver sa tendresse par une prompte obéissance, il se rend à Rome à travers les soldats du pape alors en guerre avec Florence, et revient un mois après dans l'espoir d'obtenir les laveurs de la belle : a Mais ne sais-tu pas, lui dit-elle en riant, qu'à la porte Pinti, quandnous voulons envoyer quelqu'un au diable, nous lui disons: Va-t'en à Rome ! »
Il combattit avec le roi de France aux batailles d'Ypres et de Mons. Après s'être enrichi en Angleterre, il retourne à Paris, où il achète pour 10,000 florins de laine, puis il en gagne 5,000 au jeu au comte de Savoie, qui ne les lui paya jamais ; ayant épousé une Albizzi en 1391, il expédie ses laines de Paris sur deux bâtiments, l'un pour Gènes en payant 9 pour 100 d'assurances, l'autre pour Pise en donnant 14 pour 100. De retour à Paris, il fut nommé maître des écuries du duc d'Orléans, et sut imiter les vaillantises des barons français. En 1399, époque des processions vagabondes des flagellants, il fut l'un des prieurs de Florence. L'année suivante, la conunune l'envoya comme ambassadeur à l'empereur Pa)bert, qu'il mit en garde contre Galéas Visconti , les poignards et le poison qu'il savait employer au besoin ; Galéas lui voua tant de haine qu'il mit sa tète à prix. Bonaccorso était du nombre des consuls chargés de surveiller la construction de Sainte-Marie del Fiore, lorsque Brunelleschi dut en faire la coupole. En 1422, il pardonna publiquement à ses ennemis toutes les offenses qu'il en avait reçues, et spécialement aux Ruscoli ; les uns et les autres promirent de se traiter en amis, eux et leurs descendants. Étant capitaine à CastcUaro dans la Romagne, en 14^23, il découvre une conjuration et fait
décapiter sept complices. C'est dans cette forme qu'il poursuit son récit, mêlant les faits publics à ceux qui lui sont propres, les événements européens aux calculs mercantiles.
Jérôme d'Empoli raconte la vie de son oncle, marchand comme lui et tils de marchand. «A sept ans, il expliquait déjà le Psautier; à treize, il savait le latin et un peu de grec. Son père lui faisait répéter ses leçons, et lui avait composé un petit livre où se trouvaient rapportés beaucoup de faits des saintes Écritures; afin qu'il eût connaissance des choses de Dieu et les aimât, il obligeait son fils à étudier cet opuscule. » Les jours de féfe, Jérôme s'associait à l'une des confréries que frère Savonarole avait instituées. Attaché à la banque de son père, il fit le change des monnaies, et, comme le jubilé de 1500 attira en Italie une foule innombrable, il eut l'occasion d'en connaître beaucoup de l'étranger; puis il alla s'établir à Lyon, à Bruges, à Lisbonne pour diriger les affaires de négociants florentins, qui l'envoyèrent à Calicut par la voie de mer nouvellement découverte. Il fit trois fois ce voyage, dont il envoyait des rapports à son père. De retour dans sa patrie, il s'amusait, avec ceux qui connaissaient la géographie, à indiquer les lieux de la mappemonde, à désigner les noms des pays qu'il avait visités. Il retourna souvent à Malacca et même dans la Chine, et mourut à Canton en 1 51 8.
Le Nicomaque représenté par Machiavel dans la Clizia est, selon moi , le type des Florentins économes, bien qu'il figure comme un personnage de comédie. « C'était d'ordinaire un homme grave, résolu , prudent; il employait son temps d'une manière honorable. Toujours levé de bonne heure, il entendait la messe et pourvoyait à la nourriture de la journée ; puis, s'il avait une affaire sur la place, au marché, avec les magistrats, il la réglait; sinon, il visitait quelque citoyen pour converser sur des matières sérieuses, ou bien se renfermait dans son bureau pour vérifier ses écritures et régler ses comptes. Après ce travail, il dînait gaiement avec sa famille, et, le repas terminé, il s'entretenait avec son fils auquel il donnait des conseils, faisait connaître les hommes et enseignait à vivre au moyen de quelque exemple ancien ou moderne. Il sortait ensuite et passait la journée entière soit à des affaires, soit à des conversations honnêtes et graves. Le soir venu, VAngelna le trouvait toujours chez lui, et, si l'on était en hiver, il se chauffait un peu, puis il allait dans son bureau pour oNamiucr ses affaires; on soupait joyeusement
à trois heures. Cette distribution de sa vie servait d'exemple à tous ceux qui faisaient partie de sa maison , et chacun aurait rougi de ne point l'imiter. »
Dans le mémoire des biens qu'il présentait en 1378, messire François Rinuccini fait une longue énumération de propriétés et de maisons; en outre, il devait recevoir de la commune 14,574 florins d'or, qui feraient aujourd'hui plus de 30,000 écus, et de divers particuliers 2,500. A sa mort, il laissa par testament 150,000 florins d'or en espèces. Une famille aussi riche se composait du père, de six enfants mâles^ d'une fllle, de trois brus, de quatre petits-fils, de quatre serviteurs, de deux valets d'écurie, de deux servantes, d'une nourrice, d'une femme de chambre, d'un jardinier avec sa femme et son fils, sans parler de huit chevaux.
En 1460, Cino- Philippe Rinuccini épousait Geneviève d'Ugolin, fille de Nicolas Mortelli, âgée de seize ans, qui lui apportait en dot 1,400 florins d'or, dont 1,000 étaient placés sur le Mont des jeunes filles, avec 200 autres de revenu, outre le trousseau qui en valait 200. Il lui donna un collier de cent huit perles, un rubis en table, une rangée de deux cent soixante et une perles, qu'on appelle (jvépier, ornement pour la tête, le tout dans un écrin de cuir de Flandre. Une autre fois, il lui apporta vingt perles pour faire un ornement de tête, du poids de trois onces, qui coûtèrent 10 florins l'once; à différentes reprises, il lui en donna beaucoup d'autres. Il loua même, pour six mois, un collier d'or avec perles et rubis, pour lequel il donna eu garantie 200 florins; il fit encore présent à son épouse d'un ornement de tête, de deux petits couteaux avec manche d'argent doré et émaillé à la parisienne, d'une aiguille de tête en argent avec fourreau garni d'argent. Au repas du mariage, il y eut trente convives, et l'épouse reçut en don huit anneaux avec des bijoux qui pouvaient valoir 50 florins d'or. L'auteur décrit en outre le trousseau apporté par Genièvre (1).
(I) Voir les Ricordi storici de F. RiNUCCiNi, Florence, 1841. Pour que ces chiffres eussent une valeur positive, il faudrait pouvoir les comparer avec ceux d'autres pays ; or rien n'est plus incertain dans l'histoire que les chiffres, et rien de plus diflicile que d'arriver à leur exacte signification. Dans un autre ouvrage, nous avons présenté des comparaisons ; contentons-nous de dire ici qu'un acte du parlement anglais de 1496 fixait le salaire du campagnard à 16 schellings 8 sous par an, outre 4 autres pour l'habillement. Cette même année, il fut assigné à lady Anna, sœur du roi Edouard IV, mariée au