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DÉPRAVATION

Les familles, grâce à ces habitudes et à leur union, augmentaient leurs richesses, qui leur servaient pour venir en aide à la patrie ou construire des palais, convertis plus tard en résidences princières. On savait aussi, quand il s'agissait d'actes de bienfaisance, se montrer généreux : à une distribution d'aumônes à Florence, en 1330, il se présenta dix-huit mille indigents, «sans compter les pauvres honteux et ceux des hospices, ni les religieux mendiants, qui touchèrent, pour leur part distincte, plus de 4,000 florins (4). » Cette somme paraîtrait incroyable, si l'on ne se rappelait pas certaines distributions qui se font encore parmi nous, en vertu d'une ancienne institution, où l'on voit accourir non-seulement le mendiant, mais une foule d'autres personnes.

D'autre part, nous trouvons à Florence même une jeunesse immorale, débauchée, corrompue, qui passe son temps à faire bonne chère et s'amuse aux dépens des gens timides. Quelques jeunes Florentins s'étaient associés pour molester les personnes tranquilles; ils allèrent chercher un médecin, sous le prétexte que Gosme de Médicis réclamait ses soins, et, lorsqu'il se trouva sur un pont, ils le mirent tout nu et l'abreuvèrent d'outrages. A l'aide d'un autre mensonge, ils firent porter le viatique à un prêtre, et l'accompagnèrent avec des torches qu'ils éteignirent ensuite, l'abandonnant au milieu des ténèbres. Une autre fois, s'étant emparés du chevalier du podestat, ils le plongèrent dans l'Arno, et l'attachèrent nu à une colonne, où il fut trouvé le lendemain (2). Quant aux fraudes et aux vilenies de toute espèce, on n'a qu'à parcourir la seconde histoire de Jean Cav^lcgnti;, qui se déchaîne longuement contre « la condition

fils du comte de Surrey, « pour son entretien, dignité, table convenable, et pour un gentilliomuie, une dame, une GUe d'honneur, une noble dame , une garde, trois serviteurs, 80 livres sterling par an, plus 2G pour l'entretien de six chevaux. » Ainsi, environ 2,000 fi-. d'aujourd'hui suffisaient à une famille montée de la sorte.

Selon F'ortescue, vers la moitié du quinzième siècle, les Français «ne buvaient que de l'eau, mangeaient des pommes et du pain de riz, mais pas de viande, ou tout an plus un peu de lard, ou les entrailles et la tète des animaux tués pour les nobles et les marchands ; ils ne faisaient pas usage d'étoffes de laine, ou ne portaient qu'une grossière jupe et des chausses qui arrivaient à peine aux genoux, laissant les jambes nues. Les femmes et les enfants allaient nu-pieds. « Voir V. M. Edeiv, Hisi. r^es pauvres, vol. 1, p. 70 et suivantes.

(1) Jeax Villani, chap. x, p. 16'».

(2) Chronique de Graziani, à l'année 1448.

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perverse, l'insatiable avarice el laudace dégoûtante des mauvais citoyens ».

Tous ces faits, il est vrai, se produisaient alors que les embrassements des princes étouffaient la république; mais il faut reconnaître qu'elle eut, à toutes les époques, de bons et de mauvais jours. Les mœurs des autres républiques n'étaient pas non plus ni sévères ni pudiques. Nous n'osons pas dire que Venise fomentait, mais elle tolérait la corruption, si commune dans un pays dont le commerce embrassait le monde, et qui voyait accourir tant d'étrangers ; pour les attirer, on multipliait les fêtes, et le masque excitait aux intrigues.

Les historiens de Gênes déplorent le luxe des maisons, remplies de vases d'argent et d'or, comme ils gémissent sur les nombreuses villégiatures dans les vallées de Polcevera et de Bisagno. Un poëte d'Asti, qui pénétra dans cette ville un dimanche de l'année 1415, resta stupéfait à la vue de la foule réunie sur la promenade publique; les personnes de qualité lui semblèrent des sénateurs romains vêtus de la pourpre, et les femmes autant de Vénus avec la ceinture des Grâces; quelques jeunes filles, qui se trouvaient galamment à leurs balcons, raillaient quiconque passait dans la rue, même en présence de leurs mères, hardiesse dont il fut scandalisé. L'hiver, comme le printemps, les bals ne discontinuaient pas, et les boulangères même s'y montraient avec des souhers de soie garnis de perles. L'été, tous allaient à la campagne, sans être retenus ni par les emplois ni [^ar les affaires; à la fraîcheur de la brise, sur les bords de la mer, chacun se livrait au repos et aux plaisirs de la bonne chère. Les pauvres mêmes, les jours de fêtes, voulaient s'amuser; ils empruntaient du revendeur un vieil habit de soie, et dépensaient à table, sur les collines du voisinage, le produit des aumônes qu'ils avaient recueillies (1). La commune de Turin, en 1436, affermait une maison à un Genevois pour tenir un lupanar, avec exemption de logements, de service militaire et de la taxe pour le vin qu'il vendait : les femmes ne pouvaient sortir sans sa permission, et devaient porter, comme marque distinctive, une aiguillette sur l'épaule gauche, et aller tous les jours entendre la messe à San Dalmazzo; il fallait encore qu'on ne pénétrât dans la maison que par un guichet (2).

Les supplices féroces, alors très-communs, comme le sait qui-

(1) Antonii Astesani Carmen, ch. VIII, IX.

(2) Archives historiques, XIII, .3t6.

Ai SUPPLICES.

conque jette les yeux sur une histoire ou sur une chronique, témoignent de sentiments grossiers, c'est-à-dire d'un grand mépris pour la dignité humaine. Dans les registres de la cham!;re des comptes de Turin, on trouve que Jean Gujoto, faux-monnayeur, fut enfermé pendant vingt jours, puis jeté dans l'huile bouillante, où il périt; on met à sa charge le prix du louage de la chaudière, le fer mis en travers de celle-ci pour l'attacher, les cordes, l'huile, le bois, le charbon. Philippe de VigneuUes, qui vécut à Naples en 1487, y vit brûler quelqu'un pour crime contre nature; couper les mains à un autre qui avait battu un sergent; pendre un faux-monnayeur; pendre encore et brûler trois autres faux-monnayeurs, qu'on aurait jetés dans l'huile bouillante sans les prières instantes de quelques personnes (1). Si nous consultons une des chroniques les plus modernes, celle de Graziani, nous trouvons, dans quelques pages seulement, que, en 1441, à Pérouse, un certain Luc, pour faux en écriture, eut la langue percée avec un crochet en fer attaché à une ficelle, de manière qu'il devait la tenir hors de la bouche; ce fut ainsi que, placé sur une charrette, et la milre à la tête, il fut conduit au lieu de l'exécution. On lui coupa la langue , déjà déchirée, ainsi que les mains, et les moignons furent écrasés entre deux poulies. Une main fut attachée au-dessus de la porte du palais, l'autre et la langue au-dessous d'une grande pierre du cloître de Saint - Laurent. L'année suivante, un homme qui, après avoir tué un de ses compagnons à coups de hachette, l'avait jeté dans le Tibre avec une pierre au cou, fut conduit au supplice portant au cou la même pierre; puis trois bourreaux, le capuce sur la tête, se mirent à l'œuvre: l'un lui porta trois coups sur le front avec la hachette, l'autre lui trancha les veines du cou, et le troisième, après lui avoir fendu le ventre, lui arracha les entrailles; entinson corps, coupé en quatre morceaux, fut exposé en quatre endroits. Nous ajouterons, puisque nous parlons de Pérouse, que sou statut de 1342 condamne au feu le sorcier, s'il ne paye pas 400 livres dans le délai de dix jours; en effet, en 1445, une Santuccia, devinpresse et sorcièie, fut brûlée dans cette ville; on la conduisit au supplice montée sur un âne, le visage vers la croupe, et avec deux démons de chaque côté qui lui tenaient une mitre sur la tête (2). A Florence, en 1436, Aogiola de Runci fut en-

(1) jéicliives historiques, xiii, 53, Appendice, IX, 23i.

(2) Chroiiiqtie deGRAZIAM.

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