‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 181 sur 352 · LA DOCTRINE DE MACHIAVEL ÉTAIT GÉNÉRALÏ · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DE MACHIAVEL ÉTAIT GÉNÉRALÏ

vant ; toutes ces mesures , jointes à de nombreux bienfaits, lui avaient gagné le cœur des populations; aussi rien ne pouvait les détacher du duc, ni l'exemple des autres qui se révoltaient, ni le souvenir des anciens seigneurs. »

Missaglia^ dans la Vie de Medeghino, écrivait : « Puisque le but de la guerre est la victoire, il semble que, pour obtenir celle-ci, il soit permis ou du moins toléré de manquer de foi, d'user de rigueur et de commettre d'autres énormités. » L'Arioste disait : « Vaincre fut toujours chose louable, que l'on triomphe par la fortune ou la tromperie. » Et François Vettori : « Je considérerais comme une des meilleures nouvelles que Ton piàt recevoir Tannonce que le Turc s'est emparé de la Hongrie et marche survienne; que les luthériens triomphent en Allemagne, et que les Maures, que l'empereur veut chasser de l'Aragon et de Valence, résistent avec énergie, et sont non-seulement en mesure de se défendre, mais d'attaquer. »

Quelque temps après, Paul Sarpi , en donnant des conseils à la seigneurie de Venise sur la manière de gouverner ses sujets dans le Levant (1), déclare qu'elle ne doit en aucune façon se fier aux Grecs, mais les traiter comme des animaux féroces, leur limer les dents et les ongles, les humilier souvent et surtout écarter d'eux les occasions de s'aguerrir. Du pain et le bâton, disait-il, voilà ce qu'il leur faut ; l'humanité doit être réservée pour d'autres occasions. Ailleurs il avance que « le plus grand acte de justice que puisse faire le prince, c'est de se maintenir; » il veut que l'on défende le commerce aux nobles, parce qu'il produit de grosses fortunes et des usages nouveaux.

Ce n'était pas seulement en Italie que l'on voyait des doctrines et des actes semblables. Ce Comines, dont nous avons parlé souvent, avait publié, vingt ans avant le Prince, la vie de Louis XI dans laquelle se trouvent les mêmes principes; il emploie comme synonymes les mots tromperie et habileté ; il appelle Ludovic Sforza « très-sage et homme sans foi quand le parjure lui est profitable ». A ses yeux, Louis XI et Charles le Téméraire, princes de peu de foi et toujours attentifs à se trom-^ per l'un l'autre, sont grands et nobles en comparaison des autres (2). Montaigne, qui intitule son œuvre Livre de la bonne

(1) Ce traité, dit-on, n'est pas de frère Paul, mais d'un bâtard de la maison Canal, ce qui n'est pas démontré ; quoi qu'il en soit, le fait reste.

(2) Tome l, p. 237 de l'édition de la Société lùstoricfue : Je veulx desclarer

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