‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 188 sur 352 · PISE. GÊNES · texte numérisé non relu

PISE. GÊNES

du Serchio , du Morto , puis au moyen de trois camps retranchés. Les vivres manquèrent donc bientôt, et Jean Gambacorti se vit contraint d'envoyer dehors les vieillards, les femmes, les enfants; mais les commissaires florentins publièrent qu'ils feraient pendre quiconque sortirait de Pise, et renverraient les femmes avec les robes retroussées jusqu'à la taille.

Pise, désespérée, s'offrait tantôt à l'un, tantôt à l'autre, même au duc de Valentinois, plutôt que de retomber sous le joug de son ennemie, qui avait détruit son commerce, sa population , et converti en marais les plaines environnantes. Les ambassadeurs du roi Louis furent conduits devant la statue de Charles VIII, et suppliés de ne pas défaire l'reuvre du bon roi; alors parurent cinq cents jeunes fdles vêtues de blanc, les cheveux épars, qui supplièrent les Français, comme les protecteurs des orphelins et les champions des femmes, de ne pas mettre en péril l'honneur de tant de vierges; elles se mirent à chanter devant une madone d'une manière si attendrissante qu'il n'y avait pas un Français qui ne versât des larmes. Bien que le lieutenant Chaumont s'obstinât à assiéger avec les Français ces amis de la France, son armée se débanda au premier revers ; aussitôt les femmes de Pise sortirent pour chercher dans les broussailles et les champs les hommes faibles et les blessés, les consolant, les amenant dans la ville et les protégeant (1).

Les Espagnols et Gonsalve de Cordoue soutenaient Pise parce qu'elle était attaquée par les Français; Petrucci de Sienne et Baglione de Pérouse la défendaient également par jalousie contre Florence : secours faibles ou vaines promesses, tandis que Florence pouvait lui nuire par une expédition renouvelée chaque année, mais non la prendre.

Les factions, à cause de Pise, s'envenimèrent dans Gênes, ville singulière qui fut empêchée, par les haines irréconciliables entre les négociants et les feudataires des montagnes, non-seulement de dominer sur la Méditerranée comme elle le pouvait, mais encore d'exercer de l'influence dans les destinées de l'Italie. Gênes donna la première l'exemple de s'offrir tantôt à un seigneur, tantôt à un autre ; elle se soumit aux Français, qu'elle expulsa plus tard avec le secours de François Sforza , dont elle respecta l'autorité , parce qu'il sut la refréner avec

(1) Jran d'Autun.

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