‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 189 sur 352 · GÊNES · texte numérisé non relu

GÊNES

énergie, mais sans violer les conventions. Après sa mort, elle accueillit magnifiquement Galéas-Marie dans le voyage qu'il entreprit pour la visiter; mais il parut dans ses murs en habits plus que simples, et se logea dans le Castelletto, insultant et craintif à la fois. Gênes, indignée, offrit de se donner à Louis XI, qui répondit : Et moi, je la donne au diable !

Elle restait donc à contre-cœur sous Sforza; quand il mourut, elle reprit son indépendance à la sollicitation de Sixte IV, et retomba dans les orages des anciennes factions. Prosper Adorno im\ s'en fit gouverneur, puis les Frégose l'emportèrent, et Paul, cardinal-archevêque, devint même doge. Enfin elle revint encore sous l'obéissance de Milan, qu'elle pouvait éclipser par les avantages maritimes et de mémorables entreprises. Lorsque Milan tomba au pouvoir des Français, Gênes dut aussi reconnaître leur autorité, mais en conservant toutefois son administration républicaine. Épuisée de population, déchue de son commerce et de sa force militaire, exposée à toutes les vicissitudes de ritalie, elle se vit encore menacée d'une ruine complète par le port de Savone que les Français ouvrirent dans son voisinage.

Les charges étant réparties entre les nobles et les plébéiens, le sang ne coulait pas si fréquemment ; mais les anciennes factions survivaient. Le gouverneur français, substitué au doge, prononçait dans toutes les contestations en faveur des nobles, qui dès lors n'ambitionnèrent plus l'indépendance de leur patrie; bien plus, dirigés par Jean-Louis de Fiesco, le plus riche d'entre eux, ils contrariaient les bourgeois au point d'empêcher qu'on acceptât Pise, laquelle s'offrait à cette Gênes qui avait autrefois dépensé des millions pour la soumettre. Cette conduite avait pour but de leur gagner les bonnes grâces de la France, mais elle produisait des rixes et des insurrections continuelles, réprimées difficilement par les Français. Les bourgeois, forts par le nombre, par les talents, par la richesse, prétendaient avoir les deux tiers des emplois, puisqu'ils étaient le double des nobles; ils voulaient encore qu'on leur enlevât les forteresses et les domaines qu'ils avaient sur la Rivière, et qu'on les soumît aux charges communes. De leur côté les nobles, qr.i n'étaient alors que les descendants des Doria, des Spinola, des Fieschi, des • irimaldi, assurés de l'impunité, s'armaient de poignards, sur lesquels étaient gravés les mots châtie-vilains.

Mais les vilains de Gênes ont fait voir plus d'une fois aux oppresseurs que les pierres de leur pays sont dangereuses. Au mo-

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