‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 20 sur 352 · ALCHIMIE. ASTROLOGIE · texte numérisé non relu

ALCHIMIE. ASTROLOGIE

\oyée au supplice comme sorcière, avec des cheveux de morts sur la têle, une bourse, des pièces de monnaie et plusieurs scapulaires (Gamei). On croyait que les hérétiques avaient recours aux enchantements, qu'ils élevaient et créaient des serpents, excitaient des tempêtes, et se rendaient, à cheval sur un balai, aux sabbats, où le diable, appelé Martin , leur offrait des banquets et des plaisirs voluptueux. Eugène IV, dans une bulle fulminée de Florence, le dO avril 1439, contre les Pères du concile de Baie , se déchaîne aussi contre les vaudois et les sorciers qui infestaient les provinces d'Amédée VIII de Savoie ; nous savons d'ailleurs que beaucoup de procès furent suivis de condamnations à mort dans les pays montagneux, de la Suisse surtout, et en France. Cette folie païenne des enchantements, qui grandit ensuite misérablement au quinzième siècle, avait donc reparu, non-seulement pour gagner le vulgaire, mais pour obtenir force légale.

Les alchimistes continuaient leurs expériences pour transmuer les métaux. En 1330, le Ferrarais Pierre le Bon fit paraître à Pola la Marguerite précieuse, dans laquelle il combat l'alchimie, non par des faits, mais par des arguments, comme c'était l'usage alors : « Aucune substance, dit-il, ne peut être changée en une « autre, si on ne la réduit pas d'abord dans ses éléments; mais « l'alchimie ne procède pas ainsi : donc ce n'est qu'une science « imaginaire. » Par malheur, dans le chapitre qui suit, il prouve, par d'autres arguments, que l'alchimie est une science positive. Berigardo, de Pise, raconte qu'il regarda la transmutation comme impossible, jusqu'à ce qu'un homme habile lui donna un gros de poudre semblable à celle du pavot sauvage, avec l'odeur du sel marin calciné : « J'achetai moi-même le creuset, « le charbon et le mercure dans différentes boutiques, afin d'emff pêcher, comme le pratiquent les charlatans, qu'on ne mît de « l'or dans l'une de ces matières. J'ajoutai une pincée de poudre « à dix gros de mercure ; j'exposai le tout à un feu très-vif, et la « masse, dans peu, se trouva convertie en dix gros d'or, re- « connu fort pur par divers orfèvres. Si cela ne m'était pas ar- « rivé loin de la présence de tout étranger, je croirais à quelque « fraude ; mais je puis attester sincèrement que la chose est « ainsi (1). »

L'astrologie obtenait une croyance plus étendue; en effet, la

(1) Circulas Piiuiius, '26.

4G ASTEOLOttlE.

manie de connaître les choses occultes se manifeste avec d'autant plus de force que l'objet de ses recherches est moins susceptible de précision, et le champ du merveilleux a d'autant plus d'étendue que celui de la science est plus étroit. Nous en avons cité trop d'exemples, et Philippe-Marie, non moins que la docte Florence ou la sage Venise, faisaient dépendre leurs résolutions de l'astrologie. Les universités avaient des chaires pour l'enseigner. Cecco Stabili, d'Ascoli, jeune encore, professa l'astrologie à Bologne. Dans un commentaire sur la sphère de Jean de Sacrobosco , il établit qu'il existe dans les sphères supérieures des générations d'esprits malins, qui peuvent, au moyen d'enchantements, accomplir des œuvres merveilleuses; ces folies et d'autres le ren- (hrent suspect à l'inquisition, qui l'envoya au bûcher (1). Pétrarque débitait, dans la cathédrale de Milan, le discours d'inauguration des neveux de Jean Visconti, quand Pastrologue l'interrompit, parce qu'il avait découvert que c'était le point de la conjonction la plus favorable des planètes. D'après l'observation des astres, on fonda, en 1470, le château de Pesaro; en 1402, les bastions de Ferrare; en 1499, la citadelle de la Mirandole. Les Florentins, en 1494, conférèrent le bâton de capitaine général à Paul Vitello, à l'heure désignée propice par les étoiles.

Jean Yillani, marchand positif et de bon sens, que les occupations du négoce n'empêchaient pas de jouer un rôle dans les premières fonctions de sa patrie, voyant la grandeur de Gastruccio, seigneur de Lucques, menacer de servitude la Toscane entière, écrivit à frère Denis de Saint-Sépulcre, professeur à Paris de théologie et de philosophie, pour savoir ce que les astres prédisaient à l'égard de Castruccio. Denis lui répondit : « Je vois Castruccio mort. » Comme cette réponse arriva au moment où Castruccio était dans tout l'éclat de la victoire, Villani la tint cachée, et lit parvenir une seconde lettre au frère, qui répliqua : « J'affirme de nouveau , ce que j'ai mandé dans ma première missive. Si Dieu n'a pas changé sa sentence et le cours du ciel, je vois Castruccio mort et enseveli. » En effet, (piand la seconde

(1) La sentence molixée, de 1327, porte ((u'il avoua qu'un homme pouvait naître sous une constellation qui le forçait nécessairement à pécher, et professa d'autres hérésies qui enlevaient à Dieu sa puissance et à l'homme le libre arbitre. « Répétant, affirmant et croyant cela, il dit de plus que Florence était fondée sous l'influence du Bélier, et Lucques sous celle du Cancer, et que, pour cela, si les Horentins marchaient contre cette ville, sa prophétie serait \ériliée, etc. w

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