PISE AU POUVOIR DES FLORENTINS
Les secours manquèrent alors aux Pisans, qui, « privés de toute assistance, restés seuls et faibles, refusés par Milan, mal vus du pontife, peu aidés par les Siennois, persistaient à résister, comptant sur les vaines promesses des autres, sur l'impuissance et la désunion des Florentins (Machiavel). » Biens, personnes, cette ville sacrifiait tout pour se défendre avec une constance qui faisait ressortir la désunion des agresseurs; mais, cernée par des corsaires et des armées, ballottée entre les intrigues de la France et de l'Espagne, qui, loin de vouloir assurer sa liberté, songeaient à l'argent que la trahison leur rapporterait, elle dut se résigner à subir son ancienne servitude, après une résistance de quatorze ans et demi, dont peut-être l'histoire n'offre pas d'autres exemples. A Paris et à Madrid, où désormais se décidaient les destinées de l'Italie, le prix de cette soumission fut réglé à 150,000 florins, que Florence payerait, 100,000 au roi de France, et 50,000 à celui d'Espagne. L'empereur lui-même intervint, et voulut 40,000 florins, moyennant lesquels il conférait à Florence tous les privilèges qu'elle avait obtenus des empereurs précédents, tous les droits sur le territoire florentin et pisan (1).
Florence traita les vaincus avec générosité : elle s'obhgea, par un traité, à restituer leurs biens aux exilés, et même à rendre à la ville les fermages perçus dans les campagnes, avec les franchises du commerce et les magistratures; mais elle avait enlevé l'indépendance à Pise, et, avec elle, la population et la richesse, sinon le souvenir et les haines. Quelques-unes des principales familles continuèrent le métier des armes en prenant du service; d'autres se retirèrent à Palerme, à Lucques, en Sardaigne, et beaucoup furent transférées à Florence. L'ancienne dominatrice des mers, tenue sous le joug par une garnison et des forteresses, perdittoute activité, toute importance, et le recensement de 1331 y compta à peine huit mille cinq csnt soixante et onze habitants.
Le reste de la Péninsule subissait d'autres maux; en effet, les faciles conquêtes des dernières années avaient habitué les Français, les Espagnols et l'empereur à voir une proie dans l'Italie; et chacun d'eux voulait la ravir, sans songer à ses véritables possesseurs (2).
(1) SciPION AhmIRATO, Storie fiorentirie, livre XXVIII.
(2) « Le roi a dit à uu homme sérieux : « L'empereur m'a j)roposé de par- « tager l'Italie avec lui; je n'y ai jamais voulu cousentir; mais le pape, cette " fois, m'oblige à le l'aire. » (Macuiavf.l, Lcgazioiie, 9 août 1610.)