LES FRANÇAIS ET LES ESPAGNOLS DANS LE ROY. DE NAPLES
Dans le pays napolitain, les usurpateurs, qui s'étaient partagé sans vergogne le royaume d'un autre, ne tardèrent pas à se disputer à l'occasion des limites respectives. Gonsalve de Cordoue réclamait la Capitanate, où la migration annuelle des troupeaux pour hiverner dans la Fouille rapportait jusqu'à 200,000 ducats de péage. Le roi de France espéra que cette mésintelligence lui fournirait l'occasion d'occuper le royaume entier. La guerre ayant éclaté, les Français, les Espagnols et les condottieri italiens se signalèrent sur les champs de bataille et dans des combats singuliers par des actions d'éclat et de grandes prouesses, mais sans amener aucune issue. Le combat singulier de Barlette , où treize Italiens soutinrent contre autant de Français que le courage de leur nation n'était pas au-dessous du leur, fut surtout célébré avec emphase (1): déplorable étalage d'une valeur individuelle que personne ne contestait. La complaisance avec laquelle des historiens et des poètes contemporains vantent ces prouesses démontre que les Italiens ignoraient que le courage personnel n'est glorieux que par le but vers lequel il se dirige; leur admiration s'égarait sur quelque duelliste heureux, au lieu de gourmander les braves qui ne savaient pas unir leurs volontés et verser leur sang uniquement pour affranchir la patrie.
Les populations ne participèrent à cette longue lutte que par les souffrances ; le Grand Capitaine fit prévaloir les Espagnols malgré le courage de Louis d'Armagnac. La paix se négociait sur ces entrefaites; il fut enfin convenu qu'on donnerait le royaume de Naples à l'infant Charles d'Autriche, né de la fille de Ferdinand d'Espagne et du fils; de Maximilien, à condition qu'il épouserait la fille de Louis XII. Plein de confiance dans le traité, le roi de France cessa d'envoyer des secours et enjoignit même à d'Armagnac de suspendre les hostilités; alors Gonsalve de Cordoue, sous le prétexte qu'il n'avait pas reçu d'ordres, attaque les Français à Cérignoles, où il remporte une grande victoire, et, secondé par les Colonna, s'empare de tout le royaume. Pierre Navarro, qui avait introduit ou plutôt perfectionné l'usage des mines , et se vantait qu'aucune forteresse ne pourrait lui
(1) Mai', huitième volume du Spicilegium romanum , a publié une nouvelle description du combat de Barlette, contenue dans une lettre d'Antoine Galateo, contemporain \ il se trouve encore décrit dans la Fie du grand Gonsalve, par César Capacio.