‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 195 sur 352 · JULES · texte numérisé non relu

JULES

d'éloges el d'honneurs, et, sous prétexte de le faire grand maître de l'ordre de Compostelle , l'emmène en Espagne. En route , Louis Xn les accueille splendidement à Savone, et veut que le Grand Capitaine s'asseye à table avec lui et Ferdinand ; cette faveur accroît peut-être la jalousie de ce roi, qui, arrivé en Espagne, éloigne Gonsalve de la cour, et le laisse mourir dans l'obscurité à Grenade, à l'âge de soixante-treize ans.

Nous avons vu comment Jules II était devenu pape. Habile dans la politique et même dans l'art militaire , doué d'un coup d'œil prévoyant et sûr, grandiose dans ses desseins , indifférent aux avantages domestiques , il sut respecter les franchises des populations; néanmoins, sans aucune modération dans ses actes, impérieux, tenace dans ses haines, il punissait comme ennemi du ciel quiconque contrariait ses désirs , bien qu'ils fussent terrestres. Aussi disait-on qu'il avait jeté dans le Tibre les clefs de saint Pierre, pour ne tenir que l'épée de saint Paul. Hardi dans ses paroles et ses actes , au point que son grand ennemi, Alexandre VI, disait qu'il avait tous les vices en partage , moins le mensonge, il profita de cette réputation pour mieux tromper. Il fomenta cette frénésie de guerres et d'intrigues; mais, comme la papauté était descendue du rôle sublime qu'elle avait joué dans le moyen âge, pour se dégrader au milieu des intérêts d'un pouvoir terrestre, Jules II voulut au moins la relever, et, pendant dix ans, il sut dominer les forts à la tête d'un pays faible, et diriger les affaires de l'Europe.

Bien que les Français eussent succombé , le pape , grâce à la trêve, n'avait pas souffert; il entassait de l'argent pour réaliser sa grande pensée, qui était de délivrer l'Italie des barbares, c'està-dire de cette soldatesque brutale qui disposait à son gré de l'Italie, et devant laquelle Alexandre VI avait tremblé. Néanmoins, égaré par des intérêts secondaires et ses propres antipa- 1506 thies, il appelait lui-même ces étrangers. Avant toute chose, il voulut soumettre la Toscane. Après avoir recouvré, non sans difficulté, les châteaux qui avaient appartenu au duc de Valentlnois, il se munit d'armes et d'argent, contracte des alliances, somme les Vénitiens de ne pas bouger, et Louis XII de lui envoyer des soldats ; puis, suivi de troupes , précédé d'interdits, accompagné de vingt-quatre cardinaux , il assaille en personne Baglioue dans Pérouse, et, laissant son armée derrière lui, il entre seul dans la ville avec toute la cour, liaglione, incestueux et parricide, n'ose point être grandiosemeiit criminel, et se laisse

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