‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 197 sur 352 · lALOUSIES DE PRINCES CONTRE VENISE · texte numérisé non relu

lALOUSIES DE PRINCES CONTRE VENISE

libi'o, OU ])lutôl elles se plaignaient qu'elle seule n'eût pas souffert dans les dix années précédentes. Cette acquisition effraya Jules II et Machiavel, qui surent communiquer leur crainte aux étrangers : jalousies déplorables, d'où sortit le prétexte de la première ligue que depuis les croisades formèrent les princes d'Europe; ligue d'amitiés momentanées et de rancunes personnelles, par laquelle fut inauguré tristement le nouveau droit public, et qui se proposait le démembrement d'un Etal libre, qu'elle tenait pour ennemi par cela seul qu'il était républicain (1).

Le roi Louis Xlï, dans ses moments d'embarras, lui avait nonseulement reconnu la possession deBergame et de Brescia, conquises par elle, mais cédé Crémone et laGeradadda; maintenant, regrettant ces concessions comme quelqu'un qui n'a plus besoin delà république , il demandait le Milanais entier. Maximilien, comme successeur des empereurs romains, réclamait Padoue, Vérone, "Vicence, et, comme duc d'Autriche, Roveredo, Trévise et le Frioul. Jules II, bien qu'il reconnût devoir en grande partie son élection à l'inlluence de Venise, fut blessé de son refus d'accepter pour évêque de Vicence une de ses créatures ; alors il exigea la restitution de Ravenne, Cervia, Faenza, Imola, Rimini et Césène, villes que les tyrans avaient enlevées à l'Église, César Borgia aux tyrans, les Vénitiens à Borgia. Le roi de Naples voulait Trani, Brindes, Otrante, Gallipoli, Mola, Polignano, données en gage par Ferdinand II aux Vénitiens. Le duc de Savoie élevait des prétentions sur l'île de Chypre, dont il portait le titre; les princes d'Esté et les Gonzague demandaient les villes sur lesquelles ils avaient autrefois dominé, et la Hongrie, les cités de la Dahnatie et de l'Esclavonie, anciennes propriétés de la couronne angélique.

Tels étaient les droits invoqués ; en réalité, une sourde jalousie poussait les rois contre celte république. Gouvernée , non par le génie d'un homme, qui périt avec l'homme, mais par la sagesse immortelle du sénat, sans dépenses de cour, avec à peine trois millions de sujets et un dixième du territoire de la France ou de l'Espagne, elle avait tenu tête aux Turcs et aux Allemands, grandi

(1) Les événements de la ligue de Cambrai sont racontés en détail par des historiens fameux, tels queParuta, Giustiniani, Barbaio, et, paimi les modernes, par J.-B. Dubos, Histoire de la ligue de Cambrai , qui loue toujours Louis XII et blàmc toujours le pape Jules II. Les nombreuses chroniques et relations contemporaines nous la font mieux connaître.

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