LIGUE DE CAMBRAI
son époux, Philibert II de Savoie, lui éleva pour tombeau l'église de Brou, dont la dépense fut de 30 millions ; néanmoins, elle passa le reste de ses jours dans la plus grande simplicité. D'un abord facile, affable, elle était causeuse de chemises, comme elle s'appelait. Elle gouverna les Flandres avec économie; comptant sur l'argent et traitant les affaires d'une façon mercantile, elle finit par acheter l'empire pour Charles-Quint. Dès lors commencèrent, par la ligue de Cambrai, l'opprobre de la France et le désastre de l'Italie. En effet, dirigés par de frivoles rancunes , Marguerite, l'empereur et le cardinal d'Amboise, ministre de la France, se réunirent sous le prétexte de 1508^ pacifier les Pays-Bas, et conclurent une ligue, motivée, comme d'habitude, par la guerre contre les Turcs ; mais son but réel était de refréner Venise, usurpatrice, tyrannique, provocatrice de discordes, et coupable de tous les méfaits que l'on peut reprocher à quiconque on veut opprimer; en conséquence, ils trouvaient « non-seulement utile et honorable, mais encore nécessaire, d'appeler tous les peuples à une juste vengeance, afin d'éteindre par un incendie commun l'insatiable avidité des Vénitiens et leur soif de dominer. »
Le roi de France devait commander l'armée , et Jules II, ce même pontife qui voulait chasser les barbares d'Italie, était chargé de préparer la voie aux barbares en lançant des interdits contre les cités les plus italiennes. Maximilien jetait au feu le livre rouge, sur lequel il notait au fur et à mesure les torts faits par la France à l'Autriche, et, trêve ou non, il deviendrait le protecteur de la ligue ; enfin chaque prétendant occuperait la part qui lui était destinée, et tous ceux que Venise avait fait trembler lui porteraient un coup a pour la réduire (disait le lieutenant Chaumont) à ne s'occuper que de la pêche (I). »
Venise en fut informée par son ambassadeur à Madrid ; mais Louis XII donna sa parole que rien n'avait été stipulé à son préjudice, et le roi d'Espagne assura qu'il n'entrait dans la ligue que pour combattre les Turcs. En attendant, le cardinal d'Amboise redoubla d'activité pour hâter l'expédition avant que la réflexion pût refroidir les conjurés, et lui-même, malgré la goutte, traversa les Alpes.
(1) Chose remarquable, les pays que Maximilien devait s'approprier sont les mêmes que l'Autriche obtint plus tard par le traité de Campo-Formio ; ce même empereur négociait déjà avec le ezar de Moscovie pour un partage de la Pologne.
janTier.