‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 21 sur 352 · ASTROLOGIE · texte numérisé non relu

ASTROLOGIE

lettre parvint à Florence, Castruccio avait cessé de vivre. Villani alors la montra aux prieurs ses compagnons, qui « convinrent que le jugement de maître Denis avait été de tous points une prophétie ». Ce religieux fut en grande faveur auprès de Robert, roi de Naples, qui le nomma évêque de Monopoli. Il jouit également de l'estime de Pétrarque, qui pleura sa mort en vers dans lesquels il louait surtout son pouvoir de lire dans les astres (1); et Pétrarque néanmoins se moquait des médecins et de la médecine.

De son temps, des pluies incessantes grossirent tellement les eaux de l'Arno qu'il inonda tout le Gasentino, la plaine d'Arezzo, le val d'Arno supérieur, les campagnes autour de Florence, et la ville crut que l'heure de son dernier jour avait sonné. Lorsque le fléau eut cessé, les sages se mirent à discuter pour savoir s'il était survenu par le jugement de Dieu ou la faute des hommes ; Villani, embrassant l'opinion moyenne, qui est toujours la plus prudente et parfois la véritable, crut « que le cours du ciel s'accordait en cela à punir les péchés des Florentins. » 11 ajoute : « La nuit où commença ladite inondation, un saint ermite, étant « en prières dans son asile solitaire placé au-dessus de Vallom- « breuse, entendit un bruit réel de démons et quelque chose qui « ressemblait à des bandes de cavaliers armés, chevauchant avec « frénésie. Ledit ermite, en entendant cela, fit le signe de la « croix, mit la tête à son guichet et aperçut la multitude de « ces cavaliers terribles et noirs. L'un d'entre eux, qu'il avait « prié, au nom de Dieu, de lui dire ce que cela signifiait, lui ré- « pondit : Nous allons engloutir la ville de Florence pour ses « péchés, si Dieu le permet. Moi, auteur, je tiens ce fait de « l'abbé de Vallombreuse, homme religieux et digne de foi, qui « l'apprit en conversant avec ledit ermite (2). » Les Florentins, reconnaissant le jugement de Dieu, résolurent de s'amender et renoncèrent aux gains illicites, à l'avarice, à la vanité, aux abus dont leurs voisins étaient victimes; ainsi une prémisse mauvaise avait une bonne conséquence.

Dans ce but, sans doute, les ecclésiastiques parurent quelquefois adhérer à de semblables folies ; mais, le plus souvent, nous

(1) Quis tecuin consuletaslra,

Fatorum secretaiiioviiis, aut aille notahit Successus belli (lubios, mundiqiie tumullus, Foitunasqui! ducum varias?

(2) Stoiie florentine, X, 83.

48 LEJj BOHÉMIENS.

les voyons représenter le bon sens. Le fameux frère Jean de Schio désapprouvait les prédictions astrologiques, et frère Jourdain de Rivalta, sur la place de Sainte-Marie Nouvelle à Florence, prêcha contre les personnes qui croyaient à l'influence des éloiles (1). Pierre d'Albano eut une grande réputation dans ces erreurs ; de la conjonction des planètes il déduisait le changement de règnes, de lois, de religions, et l'avènement de Nabuchodonosor, de Moïse, d'Alexandre le Grand, du Nazaréen, de Mahomet (2). Landino, en commentant Dante, écrivait : « Il est certain que, dans l'année 4483, au 25 novembre, la conjonction de Saturne avec Jupiter aura lieu dans le Scorpion, ce qui annonce changement de religion; or, comme Jupiter l'emporte sur Saturne, le changement sera favorable. » Par une étrange coïncidence, Luther naquit le 22 de ce mois de novembre. Lorsque Pic de la Mirandole combattit l'astrologie, les savants en furent scandalisés, et Luc Bellanti, fameux astronome, entreprit de le réfuter, déplorant qu'un nom si célèbre fût souillé par la publication de cet ouvrage. Quand il mourut, jeune encore, comme on le lui avait prédit, on voulut voir dans cette lin prématurée un châtiment de son incrédulité.

Une nouvelle calamité survint en 1322; nous voulons parler de l'arrivée des Bohémiens , d'origine indienne, qui se disaient issus de l'Egypte, et parcouraient les villes sous un duc , mendiant, volant, disant la bonne aventure et déclarant qu'ils allaient se jeter aux pieds du pape, auquel ils ne croyaient pas plus qu'à tout autre, car ils ne songeaient qu'au lucre, sans souci des moyens. Le 48 juillet, on vit arriver à Bologne un duc d'Egypte, qui s'appelait duc André ; il vint avec des femmes,

(1) Voir ses prédications, publiées par Maniii, p. 5)9-105, el surloul son seruion du 7 janvier 1303. On trouve dans la bibliothèque d'Esté un bréviaire manuscrit de 1480, d'une écritme élégante et enluminée, précédé d'un calendrier où sont notés les jours néfastes (rt'j^j/;//aa) et les heures, avec des vers pour chaque mois, par CNcmple, pour le mois de janvier :

Prijua (lies .lani timor est, et soptima vanis, Nonaparit bcllum, sed quinta dat hora flagelluui.

(2) Et conjttnctione Satiinii et Jovh in princlpia ^lietis, (juod iimdem circa finem iiuvem ceuUini et sexaglnta coiitigil aiinonim,. . . tolus mundus injeiior coniniiitatiir, ita quod non solttm régna, sed et leges et proplietœ consurgiint in inuiido. . . siciit ajinaniit in ndt'i-nlK Nabticliodunosor, Muyjis , Alexandri /)/«gni, Nazniei, Mnchonicli. H.\n\v\\'n\Un- cdiilinv., l'use. XV.)

BOHÉMIENS. FASTE PllINGlEft. 49

(les enfants et des hommes de son pays, au nombre de cent environ... Ils avaient obtenu du roi de Hongrie, qui était empereur, un décret en vertu duquel ils pouvaient, durant sept années, voler partout où ils iraient, avec défense de les poursuivre en justice. Aussi, quand ils arrivèrent à Bologne, ils se logèrent à la porte de Galliera, au dedans et au dehors ; ils couchaient sous les portiques, excepté le duc, qui logeait dans la maison du roi. Us restèrent quinze jours à Bologne. Pendant ce temps, beaucoup d'individus allaient les voir à cause de la femme du duc, qui savait deviner et dire ce (|ui devait arriver à une personne durant sa vie, ce qu'elle avait même actuellement, le nombre de ses enfants, et si une femme était vertueuse ou non, ou d'autres choses. Elle disait souvent la vérité... Peu de gens allaient auprès des bohémiens sans qu'ils leur enlevassent la bourse; ils coupaient même les robes de femmes. Réunies au nombre de six ou de huit, leurs femmes parcouraient la ville, entraient dans les maisons des citoyens et leur contaient des sornettes; quelques-unes même enlevaient ce qu'elles pouvaient. Sous prétexte de vouloir acheter quelque chose, elles visitaient aussi les boutiques, et l'une d'elles volait... (1). »

Le luxe grandissait à mesure que les principautés s'étendaient ; la descente de Frédéric III, qui vint sans troupes, fut une occasion de fêtes splendides, les seigneurs voulant faire oublier leur récente usurpation par l'étalage des magnificences et leur libéralité. Alphonse, roi de Sicile, dépensa 1.50,000 florins pour le recevoir ; outre une grande chasse, il lui donna un banquet, où l'on mangeait sur des plats d'argent des mets plus coûteux que déhcats ; des bonbons de toute espèce étaient jetés à pleines mains, les fontaines versaient du vin grec et du muscat, dont chacun pouvait boire dans des coupes d'argent (2). Frédéric, en échange, prodiguait les titres, dont on fit commerce désormais, surtout après qu'il eut concédé à d'autres le droit de les conférer. René en fit autant à Naples ; les nouveaux nobles aimèrent le faste, et crurent de leur dignité de se soustraire aux fonctions, de vivre dans une oisiveté pompeuse, de faire du bruit et d'observer l'étiquette.

Galéas-Marie Sforza, aussitôt qu'il eut succédé au duc, voulut

(1) Dans r/j/or/a miscellanendi Dologna. (Rer. It. Scrip. XVIII, à l'.innée 1422.)

(2) Facio, livre IX ; PANOUMlTA, livre iv.

IIIST. nCS ITM.. — T. VII. 4

Page 1