‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 202 sur 352 · UÉYOUEMENT DES SUJETS VÉNITIENS · texte numérisé non relu

UÉYOUEMENT DES SUJETS VÉNITIENS

métropole causait un grave préjudice aux petits trafiquants; les villes qui, exposées aux souffrances d'un siège, auraient maudit la seigneurie, la regrettèrent aussitôt qu'elles eurent senti le joug plus rude d'oppresseurs cruels; et chacun voulut revenir à Saint-Marc dès qu'on cessa de le craindre. « Les Tudesques (écrivait Machiavel) veulent piller et saccager le pays; on voit et l'on entend dire des choses étonnantes et sans exemple. Aussi est-il entré dans les âmes de ces campagnards un si grand désir de mourir et de se venger, qu'ils sont devenus plus obstinés et plus enragés contre les ennemis des Vénitiens que ne l'étaient les Juifs contre les Romains; chaque jour il arrive que l'un d'eux, fait prisonnier, se laisse égorger plutôt que de renier le nom vénitien. Hier au soir, l'un de ces hommes alla trouver l'évêque (de Trente, gouverneur de Vérone au nom de Maximilien), auquel il dit qu'il était ïrévisan, voulait mourir Trévisan, et ne voulait pas vivre autrement; promesse de pardon, d'autres faveurs, rien ne put le faire changer d'opinion, et l'évêque le fît pendre. De cette manière, et tout bien considéré, il est impossible que ces rois gardent ces pays avec ces paysans vivants (1). »

Autrefois la clef du Frioul vers la marche Trévisane était Sacile, bâtie dans un enfoncement sur les bords de la Livenza ; aussi les patriarches d'Aquilée, qui en étaient seigneurs, lui donnèrent la Hber té communale dès 11 90, avec l'affranchissement des serfs et la faculté de vendre les terrains, outre qu'ils la fortifièrent comme leur boulevard contre Trévise et les seigneurs de Camino. Après la chute des patriarches, suivie de l'élévation des Peiliceia, Sacile suivit l'influence d'abord, ensuite la domination des Vénitiens, qui accrurent ses fortifications, au point qu'elle avait trois châteaux, et qu'une muraille avec tours ceignait les deux bourgs, défendus encore par le fleuve (2). Ces for- 150g tifications ne pouvaient résister aux armes nouvelles, et les im- juin, périaux les traversèrent facilement; mais, lorsque Léonard Trissino, émigré vicentin, se présenta à Trévise pour en recevoir les clefs , un certain Marc , cordonnier, déployant la bannière de Saint-Marc, se mit à la tête du peuple pour repousser le déserteur et piller les palais des nobles, qui s'étaient empressés de se soumettre, et fit demander des troupes italiennes. Ce premier

(1) Dans la Légation à Mantoue.

(2) L'iiistoire de cette \ille, iniportante comme toutes celles du Frioul , peut se recueillir en partie dans les œuvres de Deuossi , Mon. ccclei. aquilejcniis, et Florio, Discours prc/imiiiairc à la fie du bienlteureux- patriarclic Bertrand.

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