DÉVOUEMENT DES SUJETS VÉNITIENS
des campagnards des serfs à la manière tudesque ; elle se montra donc arrogante comme quelqu'un qui est appuyé par le vainqueur. Les citoyens s'en indignèrent; ils trouvaient honteux de rester sous une nation étrangère et lointaine (l), qui imposait à ses nouveaux sujets des contributions intolérables pour les guerres passées et la guerre future, et dont les procédés grossiers et soldatesques faisaient contraste avec l'urbanité des Italiens. Ils s'entendirent donc avec des hommes du lac de Garde, qui, sous 17 juillet, la conduite de François Galsone de Salo (2), surprirent Padoue durant la nuit, et saccagèrent les maisons de leurs adversaires. Quelques-uns des plus ardents, qui s'étaient réfugiés dans des couvents, furent invités à un banquet avec espérance de pardon; mais là ils se virent arrêtés pour être envoyés aux Dix, qui les punirent, les uns de l'emprisonnement perpétuel, les autres de la relégation outre-mer; plusieurs même, malgré leur réputation de savoir et de sagesse, périrent sur le gibet (3). Ainsi finissait l'élite des familles padouanes, mais pour laisser une tache indélébile sur Maximilien, lequel n'avait pas songé à défendre la ville qui s'était donnée à lui.
Les individus qui avaient voulu se soumettre les premiers ib09 rougissaient devant leurs propres concitoyens, depuis que les espérances et les illusions s'étaient évanouies. La lutte recommença, et chacun reprit courage; les nobles Vénitiens, qui n'avaient jamais combattu que sur mer, furent autorisés à se mettre dans l'armée de terre, et six cent quatorze d'entre eux levèrent des soldats à leurs frais. Un sage conseillait de demander des secours aux Turcs (4), et Bajazet leur en avait offert; mais , malgré tous ses griefs contre le pape, qui la sommait de renoncer à la domination de l'Adriatique, Venise ne voulut pas recourir au sultan. Quant au roi Louis, auquel elle ne savait pardonner la foi trahie,
(1) Voir les Lettres Idst. de Du Porto.
(2) GratAROLO, Hist. de la rivière de Salo.
(3) Le 17 juillet 1509, fête de sainte Marine, jour où Padoue fut recouvré, resta toujours férié à Venise. Le doge se rendait à l'église de cette sainte, où l'on exposait un étendard avec cette inscription :
Hanc tibi debemus Trojani Anlenoris urbem Prœsidii memores, diva Marina, tui.
(4) « Dieu eût voulu qu'on suivit mon conseil, qui était de faire demander cinq ou six. mille Turcs, et d'envoyer un amhassadeur ou un secrétaire au Turc ! mais il est tard maintenant. » Marin Sanuto, 17 mai 1501).