‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 210 sur 352 · BATAILLE DE RAVENNE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE RAVENNE

ennuis et ses souffrances ; après les avoir remerciées, il mit dans le tablier de chacune 1,000 ducats, avec prière de distribuer le reste aux religieuses de la ville, qu'on avait pillées. Les dames, pleurant, le remerciant et lui donnant deux bracelets avec une bourse, travail de leurs mains, prirent congé du loyal chevalier, après lui avoir souhaité toutes sortes de biens.

Bergame, effrayée, acheta son pardon de Trivulce au prix de 30,000 ducats; mais elle se vit dépouiller de ses privilèges et de ses livres, et ses conseils furent supprimés. Parmi le grand nombre de citoyens qu'on jeta dans les prisons était François Bellasini, auteur de l'ouvrage De origine, et temporibus Bergami , et secrétaire de la commune, qui fut enfermé neuf mois dans une tour. Les Français, enrichis par les dépouilles de l'Italie, ne songèrent qu'à retourner dans leur pays, ce qui rendit ces victoires, désastreuses.

La victoire de Ravenne , disputée avec un acharnement inouï, eut encore des résultats plus funestes. Les hommes d'armes étaient habitués depuis longtemps à combattre sans courir beaucoup de risque; couverts de fer, eux et leur cheval, exercés dès l'enfance, ils se trouvaient, sans nulle comparaison, supérieurs à la tourbe des fantassins, qui les assaillaient à pied et avec des piques; du reste, même alors qu'ils parvenaient à triompher d'eux par le nombre, ils ne les égorgeaient pas après les aroir jetés à terre,, préférant en tirer de grosses rançons. Les armes à feu déplacèrent la supériorité, et, bien qu'elles fussent encore très-imparfaites , le boulet d'un canon ou la balle d'un mousquet tiré par un vilain pouvait tuer le héros le plus célèbre ou un fils de France.

La bataille de Ravenne fut une de celles, en petit nombre, où h avril, la tactique servit plus que la valeur personnelle , et la première que l'artillerie fit remporter. Les canons d'Alphonse de Ferrare furent surtout très-utiles; quelques coulevrines, disposées fort à propos par le conseil de Bayard, foudroyèrent les hommes d'armes de Fabrice Golonna, dont trente, s'il faut en croire le chroniqueur , périssaient à chaque coup. Environ seize mille individus furent tués, et Jean de Médicis , légat pontifical, le marquis de Pescaire, Pierre Navarro, Fabrice Golonna et d'autres chefs des alliés restèrent prisonniers; mais les capitaines français, qui ne voulaient pas se jeter ventre à terre, comme le faisaient les Espagnols, restèrent exposés au feu de l'ennemi , de telle sorte qu'il en périt trente sur quarante,, outre le brillant

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