‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 211 sur 352 · RAVAGES EXERCÉS PAR LES ARMÉES · texte numérisé non relu

RAVAGES EXERCÉS PAR LES ARMÉES

Gaston de Foix , perte que l'avantage de la victoire compensait à peine.

Rome tomba dans la plus grande épouvante, et les cardinaux, dans Tattente de voir arriver d'un moment à l'autre les Français avides de vengeance, se serraient autour du pape en le suppliant de solliciter la paix. Les cités de la Romagne, atterrées, se rendaient au légat du concile de Milan, et les Français, bien que leurs généraux ne leur épargnassent pas le gibet, les pillaient sans merci. Mais, à la nouvelle de la mort de Gaston, la plupart désertèrent, et, une fois dispersés, ils se voyaient arrêtés, insultés et souvent massacrés. L'évêque Jules Vitelli reprit Ravenne, que les Français avaient saccagée au moment où Ton traitait de la capitulation : la populace, pour se venger, ensevelit vivants jusqu'à la tête quatre officiers de la garnison. Aussi le roi Louis répondit-il à ceux qui le félicitaient : Souhaitez de pareilles victoires à mes ennemis.

Jacques de la Palisse, qui remplaça Gaston dans le commandement, était loin d'avoir son habileté guerrière et de procéder avec sa rapidité ; il n'inspirait pas non plus aux soldats cette confiance qui fait à demi la victoire. Le légat prisonnier se voyait reçu à Milan avec vénération; les soldats accouraient en foule lui demander l'absolution de leurs fautes , sous promesse de ne plus combattre contre la sainte Église; le roi de France lui-même, non content de solliciter le pardon de ses victoires , voulait se réconcilier avec le pape. Le duc d'Urbin avait été absous par son oncle; la convocation du cinquième concile de Latran, faite par Jules If, enlevait toute excuse au schisme et tout crédit au conciliabule. Maximilien, tandis qu'il se proclamait l'allié fidèle de la France , signait des trêves , recevait de l'argent de Venise et subissait l'influence du roi d'Espagne. Le roi d'Angleterre menaçait les côtes françaises, et Jules, dont les exigences croissaient à mesure que ses rivaux déclinaient, achetait dix-huit mille Suisses.

Quatre nations étrangères pillaient donc tour à tour, ou plutôt à l'envi l'une de l'autre, la riche Péninsule. Les Français, avides, mais prodigues, « voleraient, il est vrai, avec l'haleine, mais pour le manger et faire bonne chère avec ceux qu'ils ont dépouillés ; lorsqu'ils ne peuvent faire de bien, ils donnent des promesses, et, quand ils peuvent en faire, ils le font avec répugnance ou n'en font jamais (1). » Néanmoins ils établissaient des relations

(1) Machiavel, De la nature des Français.

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