‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 214 sur 352 · EXPULSION DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

EXPULSION DES FRANÇAIS

était inévitable ; Cardona franchit l'Apennin sans obstacle ; Prato, où les agresseurs se virent d'abord arrêtés par un corps soldé, fut traité avec une atroce barbarie ; trois mille individus ^o août. périrent sous les yeux du légat pontifical , et l'on viola même les vierges sacrées (1); les Espagnols accablèrent d'outrages les habitants qui survécurent, pour les contraindre à payer une énorme contribution. Florence en fut épouvantée, et les milices n'osaient tenir tète aux bandes mercenaires; puis quelques jeunes gens, qui avaient coutume de s'assembler dans les jardins Rucellaï pour s'occuper de littérature, proclamèrent qu'il était inutile de résister, chassèrent Soderini avec menace de le tuer, obtinrent 2 sepiembre. sa déposition des conseils , firent donner à Cardona tout l'argent qu'il demandait, et proclamer Julien de Médicis, troisième fils (le Laurent le Magnifique.

Les anciens dominateurs, réintégrés dans ce qu'ils regardaient comme leur patrimoine, mais où l'exil les avait rendus étrangers, parurent d'abord favoriser la démocratie, sauf à reprendre bientôt le pouvoir arbitraire. Après avoir aboli, au moyen du commode suffrage universel , les lois publiées depuis leur expulsion, ils établirent une étroite oligarchie, congédièrent les milices et exclurent rigoureusement de toutes les fonctions

(1) Giiicciardini le nie, pour flatter les Médicis. Trois descriptions de ce sac eut été imprimées dans les Archives historufues, vol. I, 1842. Les cruautés des Espagnols dépassent l'imagination. Jacques Nardi, après avoir raconté qu'une jeune fille, pour échapper aux brutalités lascives des Espagnols, se précipita d'un balcon dans la rue et se tua, continue aiusi : « Une autre jeune femme, dont le mari était resté dans les mains de l'ennemi pour payer sa part de la contribution, fut emmenée par un homme d'armes espagnol, qui la conduisait partout avec lui, habillée en garçon. Elle vécut ainsi pendant les sept années de guerre de I.ombardie ; puis l'Espagnol fut obligé d'aller dans la ville de Parme. La jeune femme, voyant qu'elle n'était pas éloignée de la Toscane, résolut de reconquérir sa liberté, mais après avoir vengé son honneur outragé et les souffrances de sa honteuse servitude. Une nuit, car elle couchait à coté de son maître, profitant du moment où il était plongé dans le sommeil, elle lui coupa la tète ; puis, après ^ être emparée de tout son argent, de ses bijoux et objets de prix, dont elle-même I tait gardienne, elle monta sur un des meilleurs chevaux qu'il avait, franchit les montagnes voisines et descendit en Toscane. Arrivée à Prato, elle se rendit à la Ijoutique de son mari, qui était tonnelier, et, sans descendre de cheval, elle 1 appela par son nom, en lui disant : « Me reconnais-tu P » Et lui , l'ayant reconnue, voulut s'approcher d'elle et l'embrasser; mais elle lui dit d'une voix ft.Tme : « Cher mari, éloigne-toi, ou bien lu vas me promettre de me l'ecevoir « et de me traiter à l'avenir comme ton épouse bien-aimée, avec cette nouvelle « dot de 500 florins d'or que je t'apporte comme dédommagement de mon lion-

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