CONSEILS DE LAURENT DE MÉDICIS
« nête, ce à quoi vous êtes d'autant plus obligé que, dans votre « adolescence, vous avez donné la preuve qu'on pouvait espérer (c de vous de tels fruits... L'année passée, j'appris avec une (' grande consolation que , sans y être engagé par personne , « vous aviez communié de vous-même après vous être confessé « plusieurs fois; je ne crois pas qu'il y ait un meilleur moyen de (( se conserver dans la faveur de Dieu que de s'habituer à faire « ainsi, et de persévérer dans cette conduite... Il est nécessaire « que vous fuyiez, comme Scylla et Charybde, l'hypocrisie et la « mauvaise réputation ; il vous convient également d'être mo- « deste en vous efforçant d'éviter toutes les choses qui blessent « dans les formes extérieures et la conversation, sans montrer « toutefois d'austérité ni trop de sévérité; avec le temps, vous (t comprendrez et ferez mieux toutes ces choses que je ne puis « Pexprimer,
« Je crois que, dans ce premier séjour à Rome, il est bon que « vous employiez les oreilles plus que la langue. Désormais « je vous ai donné tout entier à monseigneur Domenedio et à la « sainte Église ; il faut donc que vous deveniez un bon ecclésias- « tique, et que vous persuadiez chacun que l'honneur et les inc( térêts de la sainte Église et du siège apostolique vous sont plus
«chers que toutes les choses du monde Dans vos pompes,
« j'aimerais mieux vous voir vous tenir en deçà de la modération « qu'au delà ; une maison bien ordonnée et bien tenue est préfé- « rable, à mes yeux, à celle qui étale la richesse et le luxe. Tâ- « chez de vivre modérément, et de ramener peu à peu les choses « à un état régulier , car cela ne se peut maintenant , la maison « et le maître étant nouveaux. Les bijoux et la soie conviennent « rarement à vos pareils; il vaut mieux quelques objets précieux « de l'antiquité et de beaux livres, comme un entourage docte « et moral est préférable à de hauts personnages. Donnez des re- « pas, sans supertluité toutefois; mais allez moins souvent chez « les autres que vous n'inviterez chez vous. Pour vous, ne prenez « qu'une nourriture frugale, et faites beaucoup d'exercice, car, « avec votre costume, celui qui ne se soigne pas est bientôt atteint « d'une infirmité. L'état de cardinal est non moins sûr que grand ; « d'où il suit que les hommes se font négligents, parce qu'ils « s'imaginent avoir obtenu beaucoup et pouvoir le conserver faci- « lement, ce qui nuit souvent à la condition et à l'existence, à la- « quelle vous devez songer grandement; toutefois il vaut mieux « que vous y comptiez peu que trop... Entre autres règles, je