JEAN D£ MÉDICIS CARDINAL
« VOUS recommande surtout d'en observer une avec la plus « grande exactitude : c'est de vous lever tous les jours de bonne ot heure, parce que cette habitude , outre qu'elle est utile à la «santé, permet d'expédier toutes les affaires de la journée ; « d'ailleurs, avec votre rang qui vous oblige à dire l'oftice, à c( étudier, à donner audience, etc., vous y trouverez un grand « avantage. Une autre chose est encore extrêmement néces- « saire à un prélat de votre importance, c'est de penser la veille « au soir à tout ce que vous aurez à faire le lendemain, afin que « vous n'ayez pas à vous occuper d'une chose imprévue. »
Le cardinal de Médicis, contraint de quitter Florence quand sa famille en fut expulsée , et voyant qu'il ne pourrait vivre à Rome avec dignité et sécurité sous Alexandre VI, résolut de voyager. Il prit avec lui onze autres jeunes gentilshommes, la plupart ses parents, au nombre desquels se trouvait Jules; puis, tous vêtus de la même manière, et l'un d'eux, mais à tour de rôle, commandant la troupe durant un jour, ils parcoururent l'Allemagne, la Flandre et la France. A Gênes , ils logèrent chez le cardinal de la Rùvère, fugitif de Rome lui aussi; parmi ces émigrés se trouvaient donc trois papes futurs.
L'année sainte, le cardinal de Médicis visita Rome incognito; il passa les années suivantes au milieu des périls, jusqu'au moment où le siège pontifical fut occupé par de la Rovère, Jules II, qui l'accueillit et le combla d'honneurs. A la cour pontificale, il s'entourait d'hommes de lettres et d'artistes, pour lesquels il ouvrait une bibliothèque; riche encore d'uue foule de manuscrits recueillis autrefois par Cosme et Laurent , dispersés lors de l'expulsion de Pierre, ces travaux furent achetés par les moines de Saint-Marc, desquels il les racheta moyennant 2,262 écus. Il discutait avec les doctes, composait, jugeait avec un goût exquis, et dépensait plus que ne le permettait la fortune paterneUe, dérangée à l'époque de l'expulsion, puis sacridée dans les tentatives qui avaient pour but de recouvrer le pouvoir; souvent même il dut mettre en gage, entre les mains de bouchers et de charcutiers, les vases d'argent de sa propre table. Si quelqu'un lui en faisait des reproches, il répondait: La fortune aide ceux qui sont destinés à de grandes choses, pourvu qu'ils ne s'avilissent pas.
Jules II, génie militaire, fit de son favori un capitaine, et, pour contrarier les Florentins, il l'envoya comme légat à l'arméo qu'il dirigeait contre les Français. A Ravenne, le cardinal resta