‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 222 sur 352 · LÉON X · texte numérisé non relu

LÉON X

Les rivalités de l'Autriche et de la France lui donnaient l'espoir d'obtenir pour un des membres de sa famille ou le duché de Milan ou le royaume de Naples ; en attendant, il maria son frère Julien à Philiberte de Savoie , tante de François K"" de France, en dépensant 50,000 ducats pour les fêtes à Rome, outre celles qui eurent lieu à Turin et à Florence. On dit qu'il songea, à la mort de Maximilien , à faire élire empereur d'Allemagne son neveu Laurent, ou du moins à le nommer roi de Toscane. Au milieu de ces projets, il recherchait les plaisirs de l'intelligence, accueillait des artistes et des poètes, non pas toujours en protecteur qui apprécie leur dignité , mais souvent en joyeux compagnon qui veut s'en faire un jouet; non moins ami de ses parents que des doux loisirs et de la chansonnette, il avait coutume de dire à son frère Julien : Songeons à jouir, et faisons du bien aux nôtres (1).

Les Vénitiens se brouillèrent avec l'empereur, parce qu'il s'obstinait à réclamer Vicence et Vérone. Louis XII fit à Blois un traité de paix avec eux, remit en liberté Aiviano, qu'il retenait prisonnier depuis quatre ans , et s'apprêta à réparer ses pertes en Lombardie; dans ce but, il envoya la Trémouille et Trivulce, qui, partout accueillis avec enthousiasme, recouvrèrent Gênes et le Milanais. Le duc Sforza, qui n'avait eu d'autre soutien que le bras des Suisses, se trouva assiégé dans Novare; mais un nouveau corps de montagnards survint alors, et, résolus peut-être à réparer envers le tils la déloyauté helvétique dont le père avait été victime dans cette ville, ils le défendirent avec intrépidité; puis, à la Riotta, tombant à l'improviste sur les gens d'armes français, ils les mirent dans une déroute complète, après leur avoir tué ojuin. huit mille hommes ; les autres furent obligés de s'en retourner, et même de prendre la fuite. La Trémouille, qui avait écrit au roi qu'il ferait prisonner le fils là où le père s'était vu pris, fut mal accueilli par Louis. La Lombardie et le Piémont, débarrassés des Français , s'empressèrent de faire leur soumission à Sforza ; Gênes repoussa leur tlotte {'1), et toute trace française fut effacée du sol italien.

« par force, tout à coup et malgré le peuple tpi'il règne : dans le premier cas, « il n'est pas licite de conjurer contre le tyran ; dans le second, c'est chose mé- <i ritoire. » Le libéralisme, cette l'ois encore, n'était pas avec Machiavel. (Voir les Archh'es Idst., vol. I.)

(1) Prato, Cliro/i. milanaise, \>. 415 dans les Archives liist.

(2) La ville assiégée était sur le point de tomber au pouvoir des Français,

Venise , seule alors , se trouvait exposée aux armes de Raymond de Cardona, qui joignit ses forces à celles des impériaux, moins pour les intérêts et la gloire du roi d'Espagne que pour enrichir ses propres soldats. Cette armée, grossie des troupes pontificales, s'empara de Padoue, malgré les efforts d'Alviano, et vint camper auprès de la lagune, d'où ses canons foudroyèrent Venise. D'après les ordres de la république, le pays dut être dévasté , et les paysans accoururent du Trévisan, du Padouan, du Vicentin et du Brescian, pour saccager et brijler.

Aucune langue ne suffirait pour décrire cette destruction : Pieve de Sacco fut anéantie, les rives de la Brenta, et même le territoire jusqu'à Mestre, n'offrirent qu'un désert; les habitants ayant sauvé une grande partie de leur avoir dans le val Polesella, les Vénitiens et les Français y accoururent. Alviano obtint l'autorisation d'affronter les Allemands, qui durent, en effet, cesser la dévastation pour aller à sa rencontre; près de Vicence, où il fut obligé d'accepter la bataille, ils le mirent en déroute et lui enlevèrent toute son artillerie avec un grand nombre de prisonniers.

Le Frioul subit le reste de la rage tudesque ; dans un village, Christophe Frangipane, vassal de l'empereur, fit crever les yeux et couper l'index à tous les habitants. Vérone fut prise et reprise plusieurs fois, et toujours rançonnée. Les Français et les Vénitiens assiégèrent Brescia avec la même fureur qu'autrefois. A Crémone, l'année précédente, les préoccupations de la guerre avaient empêché de distribuer les branches d'olivier le dimanche des Rameaux. Les Français avaient fait enlever les créneaux des murailles, abaisser les tours, détruire les anciennes portes, qui se conservaient encore dans la ville, ajouter deux tourelles au château, élargir et creuser les fossés, en contraignant les citoyens à concourir à ces travaux ; puis ils en expulsèrent plus de quatre cents des principaux, en firent périr d'autres et s'approprièrent leurs maisons (Gampi). Les libérateurs la soumirent aux mêmes ravages. Chaque ville eut à souffrir des calamités semblables. J51J, Un incendie, causé par accident, réduisit en cendres, à Ve-

nise, la partie la plus commerçante, qui était remplie de vaisselle d'argent et de marchandises de grande valeur : deux mille boutiques ou maisons , avec Tentrepôt des Allemands, furent

quand Emmanuel Caballo osa, à travers les canons ennemis , pénétrer dans le port avec un navire chargé de vivres ; les horreurs de la faim cessèrent alors, et Gênes fut délivrée.

détruites, et la ville perdit dans une seule nuit autant qu'elle avait dépensé durant cinq années de guerre. Les armées souffraient de la faim^, parce que les dévastations avaient ruiné le pays , et les villes ne voulaient plus les rassasier à force de contributions. Dans leur irritation, les populations ne distinguaient plus amis d'ennemis, et quiconque éprouvait une défaite était certain d'être attaqué par les campagnards, qui voulaient, à leur tour, égorger et piller.

Les peuples devaient être las de tant souffrir, et les rois d'infliger tant de tortures. D'autre part, Léon X, moins passionné que son prédécesseur, voyait que l'abaissement de la France laisserait la Péninsule à la merci des Suisses et des Allemands ; bien plus, comme les princes autrichiens étaient sur le point de réunir à leur patrimoine les immenses possessions de l'Espagne, il sentait que leur établissement en Italie serait une cause de ruine pour elle, et surtout pour le saint-siége. Malheureusement, il n'avait aucune haute idée politique. Étourdi, capricieux, il jouait double jeu, et négociait avec l'empereur, auquel il acheta Modène, dont il voulait faire , avec Parme et Plaisance, outre Reggio, promise en vain à Alphonse de Ferrare, une principauté pour son frère Julien. Il espérait encore obtenir de la France un plus grand avantage, c'est-à-dire la vente du royaume de Naples ; il caressait donc Louis XII, qui se préparait à recouvrer le Milanais; puis, effrayé par les menaces du sultan Sélim, il s'efforça de rétablir la paix parmi les princes (1). En effet, le roi Très-Chrétien renonça au schisme; au conciliabule de Pise, il fit la paix avec Ferdinand le Catholique, en lui abandonnant la Navarre, et se maria à la sœur de Henri VIII. Maximilien persistait seul dans une guerre très-nuisible et sans issue, et ne voulut pas que Léon X le réconciliât avec les Vénitiens.

(1) Dans les lettres de Bembo, écrites en son nom , on trouve de fréquentes exhortations à la paix. Lorsque Maximilien Sforza rentre à Milan , il le prie de s'abstenir de vengeances et d'user de la victoire avec modération (liv. m, ép. 2). 11 écrit à Raymond de Cardona, après la victoire des Suisses : « Combien je dé- « plore la mort de tant de braves soldats et d'illustres capitaines qui auraient « pu rendre tant de service? à la cause chrétienne! Non, nous ne devons pas « vouloir la guerre, mais la paix. Vous qui pouvez beaucoup sur Maximiu lien, moutrez-lui que rien ue convient mieux à un prince que la douceur, la a bonté , la clémence ; qu'il oublie les injures et qu'il cherche à gagner, non « des richesses, mais le cœur de ses sujets (liv. m, ép. 2). » 11 intercède également auprès de Maximilien en faveur du marf(uis de Montferrat, qui avait livré passage aux Français marchant sur le Milanais (liv. m, ép. 3).

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