‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 225 sur 352 · BATAILLE DE MARIGNAN · texte numérisé non relu

BATAILLE DE MARIGNAN

le pape vacillant, les Suisses toujours à vendre , les impériaux épouvantés. Maximilien Sforza, qui n'avait reçu aucune instruction à la cour impériale (j), ne pouvait empêcher le mal, et ne savait pas faire le bien, ni même adoucir les souffrances de son peuple; s'étant trouvé inopinément maître et riche, il donnait des villes et des trésors, s'étourdissait au milieu des fêtes et des femmes galantes, tandis qu'il était contraint, pour rassasier les Suisses, d'augmenter les impôts. Le 18 juin, il publia une taille de 300,000 écus d'or pour la défense de l'État; le 21, il est obligé de déclarer, par un ban, rebelles et criminels d'État ceux qui tiennent des conciliabules contre la taille imposée : « car l'état des choses ne permet ni de discuter sur le payement, ni de chercher à l'éviter ou à le modérer, attendu qu'il a été établi et décidé par nécessité du salut public , lequel ne serait pas moins en péril si la somme diminuait que si l'on ne recouvrait rien. » D'accord avec les Suisses, il menace de la peine de mort et de la confiscation des biens Ceux qui s'assembleront pour cet objet, quand même ils seraient moins de dix, en répétant « qu'il agit sous l'empire de la nécessité, et même par le conseil et la volonté des seigneurs helvétiques.»

Les Milanais, toujours victimes, aujourd'hui spoliés comme Guelfes, demain comme Gibehns, restaient neutres, dans l'espoir trompeur de recouvrer leur indépendance au milieu de la lutte de leurs deux maîtres, Morone, ministre de Sforza, excitait l'ardeur patriotique, et cherchait à suppléer, par son activité, à l'insuffisance de son maître. Trivulce, qui s'était approché de la porte Ticinese, fut insulté par la populace; mais ceux qui s'intitulent hommes d'ordre envoyèrent offrir de capituler. Dans cet intervalle arrivèrent de nouveaux Suisses, qui affrontèrent les Français à Marignan.

1515 La mêlée dura deux jours, et Trivulce disait que les dix-huit

**'''^' batailles auxquelles il avait assisté étaient des combats d'enfants auprès de cette lutte de géants. François 1^' écrivit à sa mère que, depuis deux mille ans, il n'y avait pas eu une bataille aussi acharnée et aussi sanglante. Les dompteurs des princes furent domptés; dix mille Suisses restèrent sur le champ de bataille, où les Français recouvrèrent l'honneur perdu dans les défaites qu'ils

(1) 11 adressait à Montmorency une lettre, conservée dans la Bibliotlièque impériale de Paris, qui finit ainsi : « J'ai écrit la présente de ma main, parce « que je ne me fie à personne. Que Yotre Seigneurie me pardonne si j'ai mal « écrit, car je n'ai jamais fréquenté les écoles. »

Page 1