‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 226 sur 352 · BATAILLE DE MARIGNAN · texte numérisé non relu

BATAILLE DE MARIGNAN

avaient essuyées de la part des Suisses à Novare, des Anglais à Crécy, à Poitiers, à Azincourt. François voulut être armé chevalier par Bayard, qui s'écriait : « Heureuse es-tu, ma bonne épée, « d'avoir conféré la chevalerie à roi si vaillant et si puissant ! Ma « bonne épée, tu seras, comme relique, gardée et honorée parce dessus toute autre; jamais je ne te tirerai que contre les « Turcs, les Sarrasins et les Maures. »

Les Suisses traversèrent les Alpes, en jurant qu'ils voulaient prendre leur revanche. Sforza, malgré la vive opposition de Morone (1), rendit le château de Milan moyennant 30,000 écus de pension et la promesse d'un chapeau de cardinal, et se laissa conduire en France, où il mourut prisonnier comme son père. François I" entra alors dans Milan, et, lorsque l'empereur lui fit 23 octobre. demander de quel droit il en prenait possession, il montra son épée, unique arbitre des pauvres peuples.

Après la défaite des Suisses, à qui les papes avaient coutume de se fier comme aux moins dangereux parmi les étrangers, Léon X se crut perdu, et il disait au Vénitien Zorzi : « Nous verrons ce que fera le roi Très-Chrétien ; nous nous mettrons dans ses mains en lui demandant miséricorde. » Sacrifiant alors ses rancunes, il entreprit de détourner le roi de conquérir toute ITta- 10-15 déc. lie ; puis, comme il redoutait de le voir s'approcher de Rome, il lui fit demander une entrevue à Bologne (2); là il fut convenu que Modène serait restituée au duc Alphonse d'Esté , et que le

(1) Au mois d'octobre 1515, il écrivit à Ambroise Cusano, administrateur de son fief de Lecco : Deum tester Optimum Maximum, neminem fuisse aul esse qui magis deditionem impugnaverit , magisque contenderit , ut polius extrcma sequcrcmur, quam in hostium potestatem arcem nosque ipsos dederimus , quant egu fiù... Oporluit , atque iterum repcto, oportuit deditionem fieri ; cujus rei culpam cum sit periculosum revelare, satins est subtacere.

(2) Paride des Grassi , niailre des cérémonies , nous a laissé la description détaillée de cette entrevue et de tous les honneurs rendus par François I*' à Léon X. Pendant la messe, le pape demanda au roi s'il voulait communier, et François répondit qu'il n'y était point disposé; mais beaucoup de personnages de la cour qui le désiraient accoururent, si bien que le pape dut rompre les hosties pour donner la communion à quarante d'entre eux. I.e roi lui-même se tenait derrière la foule. Un Français dit à haute voix : « Saint Père , puisque je ue « puis recevoir la communion de vos mains, je veux au moins me confesser, et, K comme il m'est impossible de le faire à l'oreille, je vous dirai d'ici que j'ai « combaUu de mon mieux contre le pape Jules , sans tenir compte de la cen- « sure. » Alors le roi ajouta qu'il avait le même péché à se reprocher; les autres barons firent le même aveu, et le pape leur donna l'absolution.

Page 1