FIN DE TRIVULCE
roi obtiendrait^ comme duc de Milan, Parme et Plaisance, déchirées par les factions, à la condition qu'il assurerait aux Médicis cette Florence, toujours dévouée à sa maison. A Genève, le roi conclut encore avec les Suisses, pour la défense du Milanais, \2l paix perpétuelle^ en leur imposant l'obligation de servir la France contre qui que ce fijt, excepté le pape et l'empereur, et de renoncer aux bailliages italiens.
François I", qui n'avait plus rien à craindre des Suisses , et regardait comme prématurée l'expédition de Naples, reprit le chemin de France, en laissant pour gouverneur de Milan Odet, maréchal de Lautrec, frère de la Chateaubriand , sa maîtresse. Ce lieutenant du roi était brave, étranger à l'avarice et à la luxure ; mais il avait un orgueil sans bornes, et dédaignait les conseils. Obligé, par les besoins de la guerre, à surcharger les Milanais de taxes continuelles qu'il exigeait avec rigueur, il se rendit exécrable. Il favorisait l'intrigant et inepte Galéas Visconti, chef des Gibelins, autant qu'il jalousait le grand Trivulce, auquel il fil un crime de s'être montré favorable aux Vénitiens, et surtout d'avoir demandé à la Suisse le droit de cité; il l'accusa donc de tramer l'indépendance de l'Italie, et le vieux maréchal perdit le commandement et les bonnes grâces du roi. Ce guerrier, chez lequel on ne peut chercher ni unité de but dans la vie, ni unité de services militaires, avait défendu pendant quarante ans une cause qui n'était pas la sienne , et combattu dans dix-huit batailles. Il accourut pour se justifier personnellement; mais il ne put obtenir une audience de ce roi , pour les intérêts duquel il s'était rendu odieux à ses propres concitoyens. François même 1518 ne lui épargna point les reproches, et Trivulce, au milieu des regrets amers que laisse la perte du pouvoir, finit ses jours à Chartres.
Milan , ou plus probablement sa famille, fit célébrer ses funérailles avec la pompe que l'on déployait alors dans toutes les solennités. Le corps, somptueusement vêtu, resta exposé à Saint- Eustorge, d'oii il fut porté en procession à Saint-Nazaire. Audevant du cortège, on voyait cent membres de la famille du défunt, habillés de noir et encapuchonnés ; cinq cents de ses soldats, cent croix, chacune avec cinq chandelles, cinq cents pauvres, à chacun desquels on avait donné quatre brasses de drap et un cierge ; puis tous les réguliers, dontMorigia, qui nous a grossièrement décrit ces obsèques, compte trois mille cent cinquantecinq sur vingt-deux rangs j venaient ensuite trois cents curés et
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chapelains, outre les chapitres formant deux mille deux cents personnes, avec soixante croix d'argent. Derrière apparaissaient, avec le héraut de France, les hérauts du mort , les trompettes, les capitaines, des destriers avec ses insignes et ceux des rois de Naples et d'Aragon et du pape; enfin suivaient une longue file de chevaux et de bêtes de somme , le gouverneur Laulrec, l'ambassadeur du pape, le sénat, quatre cents parents du défunt, les magistrats, les divers conseils, et un individu par maison. L'église de Saint-Nazaire, à laquelle est annexée une chapelle fondée par Trivulce, élait ornée de blasons, tendue de noir, garnie de cierges, et le cadavre fut déposé sur le catafalque. Qu'il suffise de savoir que la dépense s'éleva à 20,000 écus d'or, qui, au temps de Morigia, en valaient plus de 80,000. On grava sur sa tombe ces mots : Celui qui ne reposa jamais repose maintenant. Silence !
Le roi Ferdinand payait l'empereur afhi qu'il continuât à tenir François I"^'' sur le qui-vive, de manière à l'empêcher de songer à Naples. Henri VIII avait repris les armes, et François Sforza, autre fils du More, proclamait ses droits sur le duché; les hostilités ne tardèrent donc pas à commencer. L'empereur, qui jamais n'ouvrait la campagne à propos et la finissait toujours malheureusement , conduisit par Trente une nouvelle armée près de Milan, et menaçait de le traiter comme Barberousse; mais, arrêté par la résolution des Français, qui brûlèrent les vastes faubourgs de la ville pour mieux la défendre, et envoyèrent en France les personnes suspectes, il revint sur ses pas, imposant des amendes à Lodi, à Bergame et à toutes les cités qu'il traversait ; d'un autre côté, les Suisses, privés de solde, dévastaient le reste du pays. Les Vénitiens recouvrèrent Vérone, malgré la défense énergique de Marc-Antoine Colonna. Mais, peu aidés par la France, affaiblis par la mort de Barthélémy Alviano, général adoré des troupes, menacés par les Turcs, souffrant de la nouvelle direction que le commerce avait prise, épuisés par une longue guerre au point d'être obligés de mettre les dignités aux enchères, ils n'osèrent se mesurer en rase campagne pour recouvrer leurs anciennes possessions. Lautrec lui-même hésitait dans sa conduite, d'accord peut-être avec les intentions secrètes de son roi; la guerre marchait donc lentement, c'est-à-dire qu'elle était ruineuse pour les populations.
Sur ces entrefaites, le roi d'Espagne mourut, et Charles d'Au- 1510 triche, appelé à lui succcéder, se hâta do signer la paix avec la i'«j;"ivicr,