‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 23 sur 352 · FASTE PRINCIER · texte numérisé non relu

FASTE PRINCIER

partie du cortège , et offrit trois représentations sacrées, TAnnonciation à saint Félix , l'Ascension dans le couvent des Carmes, la Descente du Paraclet à Saint-Esprit , qui malheureusement prit feu. Les bons citoyens virent avec regret que cette solennité introduisit un luxe inusité parmi eux; la magnificence, en effet, dut excéder toute mesure, puisque Sforza. Laurent de Médicis, Sixte IV et ses neveux Pierre et Jérôme Riario rivalisaient à qui brillerait le plus. Borso d'Esté se vantait de posséder les meilleurs faucons, les chiens les plus intrépides, les destriers les plus beaux; ses écuries renfermaient environ cent chevaux; il avait cent lauconniers, et, quand il allait à la chasse, il abandonnait tous les animaux qu'on tuait à ceux qui l'accompagnaient. Il entretenait plusieurs bouffons, parmi lesquels un certain Scopola, juif converti, et peut-être encore le célèbre fou Gonnella, qui a conservé une renonnnée populaire comme Meliolo, et, plus tard, frère Mariano et frère Séraphin à la cour d'Urbin.

Les ambassades étaient encore une occasion de grand luxe. Lorsque Louis XI monta sur le trône de France, toute l'Italie envoya le féliciter. Le représentant de Florence fut Pierre des Pazzi , qui déploya une somptuosité inouïe en vêlements, joyaux, serviteurs, varlets, chevaux, au point qu'on voulut qu'il parcourût la ville afin que le peuple jouît de cette pompe sans égale. A la cour, « il changeait tous les jours une ou deux fois dhabits, tous fort riches, ce que faisaient également les personnes de sa maison et les jeunes gens qui l'avaient accompagné... De la part de sa commune et de ses propres deniers, il offrit des dons à tous ceux de la cour du roi , de manière qu'aucun autre ambassadeur ne fit comme Pierre. » A son retour, «tous les hommes de condition sortirent à sa rencontre ; les rues et les fenêtres étaient remplies de curieux. Il entra dans la ville avec les gens de sa maison , tous vêtus richement et à neuf, en cottes de soie, ayant aux manches et au chapeau des perles de grand prix (1). » Ce Pierre allait à pied de Florence à sa villa, et, durant le chemin, il apprenait par cœur V Enéide, les Triomphes de Pétrarque, beaucoup de discours de Tite-Live.

Lorsque Jean-Galéas épousa Isabelle d'Aragon, un certain Bergonzo Botta reçut les mariés à Torlone dans de magnifiques appartements, et leur servit à manger dans un lieu agréable, au milieu d'une douce harmonie* pendant le repas, on vit appa-

(1) VespaSIANO, Fie de Pierre Pazzi.

Page 1