FRANÇOIS I" ET CHARLES-QUINT
traitaient le Milanais en pays de conquête , pressurant les citoyens et bannissant en foule les riches pour s'emparer de leurs biens. Ce grand nombre de proscrits, selon la coutume, irritait les esprits et sapait le pouvoir des Français. Jérôme Morone, chaud patriote, intrigant infatigable, rusé, menteur, en un mot, homme excellent pour conspirer, repaissait d'espérances François-Marie Sforza, second fils du More. Aux exilés, qu'il avait réunis à Reggio, il promettait plus qu'il n'espéraitj il fomentait le mécontentement intérieur et les jalousies des voisins, si bien que, de toutes parts|, le menu peuple s'insurgea de concert contre les Français , tandis que Prosper Golonna conduisait en Lombardie les troupes du pape et de l'empereur.
Lautrec, cet odieux gouverneur, fit face à l'ennemi ; mais, les Suisses ayant refusé de combattre parce que des bandes de leurs compatriotes servaient dans l'armée impériale, il dut se réfugier sur le territoire vénitien ; Prosper Colonna, qui avait laissé échapper l'occasion de l'anéantir, entrai favorisé par les Gibelins, dans la ville de Milan. Les défenseurs avaient déjà dépouillé les parti' 19 novenii). culicrs et les églises ; alors les libérateurs se livrèrent, pendant dix jours, à un pillage brutal. Côme invita François d'Avalos, marquis de Pescaire , à la délivrer de l'insatiable commandant Vandenesse, et capitula sous la condition qu'on respecterait la vie des personnes et leurs biens; mais elle fut saccagée d'une manière horrible, Pescaire ne voulant pas mécontenter les soldats, dont le pillage était la récompense la plus désirée, et souvent l'unique solde ; puis il refusa de répondre à un cartel de Vandenesse, sous le prétexte que c'était un menteur. Les Lombards, heureux d'entendre encore proclamer duc François Sforza, firent des réjouissances, prirent les couleurs nationales, et s'empressèrent d'apporter de l'argent et leurs bijoux pour qu'il fût en état de payer les six mille Allemands avec lesquels il avait délivré le pays.
François I", afin de se procurer de l'argent, créa dans son royaume vingt-neuf charges à vendre ; il envoya à la monnaie la grille d'argent que Louis IX avait donnée à saint Martin, et se fit prêter par la ville de Paris 200,000 livres à douze pour cent; ayant ainsi réuni 400,000 écus, il envoya une nouvelle armée. René de Savoie et Galéas Sanseverino traversèrent les Alpes à la tête des Français, se joignirent à Lautrec, qui n'avait cessé de troubler la campagne, et assaillirent Milan; mais Golonna l'avait fortifié d'une manière formidable , et Morone , au moyen de