RETOUR DES FRANÇAIS
mes et cinq raille fantassins. Empêché par ces menaces de venir en Italie, François I*' confia une magnifique armée de mille huit cents lances, deux mille Grisons, deux mille Valaisans, six mille fantassins allemands, douze mille aventuriers français et trois mille Ilaliens (1), à un courtisan bas et incapable, l'amiral Gouffier de Bonnivet.
Pauvre Italie ! combien son agonie fut douloureuse !
L'expulsion des Français n'avait procuré aucun soulagement, parce que les inipériaux, qui ne recevaient aucune paye, y vivaient à discrétion, pillant et rançonnant les villes et la campagne selon le besoin, sans même épargner les États indépendants. Ces armées de toutes nations, non contentes d'exercer les ravages ordinaires de la guerre, ne laissaient pas un petit village^ une maison particulière, sans y apporter la misère, le déshonneur, et les souiller de sang; ainsi, outre la perle des forces, de la vie et des richesses, les affections domestiques étaient encore empoisonnées par ces divers outrages. Tous les gouvernements se pervertirent en servant la cause des étrangers. Les seigneurs Colonna, Pallavicini, Martinengo, Barbiano de Belgiojoso, Scotti, Pio, Frégose, Uangoni, qui autrefois s'étaient procuré un petit État par les armes, vendaient maintenant leurs bras pour le conserver; toujours prêts à trahir la foi jurée, ils recherchaient la faveur tantôt de l'un, tantôt de l'autre, déployant la bannière, celui-ci de la France, celui-là de l'empire, aucun celle de la nation. Le peuple, comme il arrive quand on souffre beaucoup, rêvait, dans ce bouleversement de toute l'Europe, un soulagement à ses maux et le rétablissement des droits de chacun. Les Gibelins, outre les réminiscences classiques, se rappelaient que la liberté avait fleuri en Italie sous le nom impérial, et se berçaient de l'espoir que Charles-Quint la ferait renaître. Les Guelfes, malgré leur anxiété à la vue de tant de forces réunies, comptaient sur la France, sur Florence armée, sur Venise intacte, sur le pape, qui ne voudrait pas faire rire les luthériens. Kn attendant, les uns et les autres souffraient de toutes les misères, et s'accoutumaient à la servitude.
(1) En général, nous omettons le nombre des soldats, des morts, etc., parce que nous ne Iroiivous jamais les historiens d'accord ; d'autant plus que chacun de nous sait aujourd'hui ce que valent, non-seulement les bulletins de guerre, mais encore les taldeaux descriptifs des armées. Louis XII , à coup sûr, devait rire quand il lisait l'histoire de ses campagnes. (Voir Ferron, De gestis Gallor«m, livre 111.1