‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 241 sur 352 · JEAN DES BANDES NOIRES · texte numérisé non relu

JEAN DES BANDES NOIRES

lier des armes, tombé en désuétude. « Il renouvela la milice des lances pesades, composée d'hommes d'élite et bien payés, qui accompagnent à cheval et à pied la personne de leur capitaine, sans être assujettis à aucun autre; de leurs rangs sortent des hommes de grande réputation et autorité, selon leur courage et la bienveillance du seigneur (1). » Jean soumettait ses mercenaires à des exercices continuels et aune discipline sévère; il leur portait une affection de père, bien que, dans ses moments de colère, il égorgeât tantôt l'un, tantôt l'autre : leurs armes et leurs chevaux devaient être excellents. Se complaisant dans le péril, il ne leur disait pas : Marchez en avant ! mdds, : Suivez-moi! et chacun d'eux le suivait, même alors qu'il n'avait pas de quoi les payer. Un corps de deux cents Suisses ayant tué un de ses capitaines, il les battit et les fit tous périr, bien qu'ils se fussent rendus à la condition d'avoir la vie sauve.

Lorsque Léon X mourut, il fit prendre le deuil à ses soldats, ce qui leur valut le nom de Bandes noires. Après avoir protégé Florence contre le duc d'Urbin, il servit la ligue en Lombardie, dont il se dégoûta bientôt pour se rallier aux Français, qui lui témoignaient le plus grand respect : les Grisons lui ayant fait un affront, ils les obligèrent à lui en demander pardon à genoux; atteint d'une blessure, le roi lui fit une visite, et le marquis de Pescaire lui permit de traverser librement son camp pour qu'il fût transféré plus tôt à Plaisance. Il raillait volontiers les prêtres et les moines, et, s'il rencontrait l'un d'entre eux monté sur un bon cheval, il l'en dépouillait pour lui donner une mauvaise bête en échange, et cependant il ne dormait pas seul , par peur de l'esprit follet. « Si les bandes noires étaient la meilleure infanterie, la plus redoutée d'alors, en revanche, rien n'égalait leur rapacité, leur insolence et leur importunité (Vakchi). » Mais, comme c'était l'unique milice indépendante de l'Italie, des jeunes gens de bonnes familles s'enrôlaient sous leurs bannières. Machiavel espérait que Jean pourrait déployer un étendard personnel, et se former, aidé par l'argent du pape, une seigneurie indépendante des Français et des Espagnols. Voilà quels étaient les hommes sur lesquels devaient compter les Italiens ; mais ces braves sont des bras, non des têtes, et Jean dépensait son activité dans des entreprises sans résultat.

152'» Bonnivet se laissa cerner à Robecco par Pescaire, et fut aban-

(1) Rossi, y'ie de Jean, chef des Bandes nôtres.

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