MORT DE BAYARD
donné par les Suisses. Contraint de se retirer en pleine déroute, et blessé même au passage de la Sesia, il confia le commandement de l'armée à Bayard, qui, oubliant ses torts, dirigea la retraite; mais,, à Romagnano, atteint d'une arquebusade qui lui tit une blessure mortelle, il voulut être appuyé contre un arbre, le visage tourné vers l'ennemi. Là, il priait et faisait des actes de contrition devant la poignée, en forme de croix, de son épée, lorsque parut le connétable de Bourbon, qui lui adressa des paroles de regret et de compassion : Ce n'est pas moi quil faut plaindre, lui répondit le preux chevalier, car je meurs en homme de bien, mais vous qui, malgré vos serments, servez contre votre prince et votre patrie. Il rendit le dernier soupir, et les Français, après plusieurs autres combats, sortirent encore une fois de ritalie. Pleins de bravoure, soldats excellents, commandés par des officiers chevaleresques, ils manquaient d'ordre, de prudence, de ressources suffisantes, de cette prévoyance qui rend les désastres moins funestes.
Le but des deux ligues était donc atteint, et pourtant les vainqueurs se trouvaient dans une position déplorable. Le pays le plus fertile du monde était tel, grâce à eux, qu'ils pouvaient à peine s'y nourrir; il fallait, pour trouver des vivres, conduire les troupes sur les terres des autres, de la Romagne surtout, et surcharger de contributions sujets et amis. L'Italie put se convaincre alors qu'au milieu de toutes ses souffrances, elle n'avait gagné qu'un changement de maître.
Nous nous sommes arrêté longtemps sur des événements accomplis dans peu d'années , parce qu'il est toujours intéressant d'étudier le moment où s'opère la transformation d'un peuple ; en outre, le sens historique fut alors excité, comme il arrive à l'approche des crises graves, et beaucoup d'écrivains entreprirent à l'envi de raconter ces faits, de méditer sur leur nature, et d'en chercher l'enseignement. Il ne s'agit plus de la naïve exposition des chroniqueurs, mais de récits disposés avec art, faits avec soin, dans le but de prouver un thème, de favoriser une cause ou de déployer le talent littéraire; ces œuvres sont donc placées parmi les modèles, non-seulement par les Italiens, mais encore par les autres nations. Quant à l'indépendance, qui doit être le premier caractère de ce genre d'écrits, ils en offrent parfois l'apparence; mais, au milieu du choc des passions, et sous la protection des grands, pouvait-on exiger la réalité? Du moins, dans la plupart des historiens, on sent le souffle