LES HISTORIENS. GUICCIARDINI
républicain, et ceux-là même qui vendent leur plume affectent la pensée libre et le langage hardi.
i5i,o A la tête de tous marche François Guicciardini, jurisconsulte,
ambassadeur tout jeune encore, puis guerrier, employé dans les gouvernements de la'Homagne, et lieutenant général de l'armée pontificale contre Charles-Quint. Déshonoré par sa conduite honteuse envers sa patrie, et mal récompensé par ses tyrans, il entreprit, autant pour se justifier que pour transmettre à l'avenir son nom sous un meilleur aspect, d'accomplir en une seule année une œuvre déjà méditée au milieu du tumulte des affaires, l'histoire dltalie, à partir de la descente de Charles Vill jusqu'en 1534. Dans plusieurs des événements qu'il raconte, on peut dire qu'il fut acteur; quant aux autres, il ne se fait pas scrupule de les copier littéralement (J ) ; mais il possède les deux qualités nécessaires à un historien accompli, savoir observer et savoir dire. Il introduit la discussion, la recherche des causes et de leurs conséquences ; la hardiesse du jugement et l'élévation de la pensée le placent au-dessus de ceux qui, dans l'histoire, donnent du relief à un personnage, à un événement, à un but, en condensant les ombres sur la foule sans nom. Aucun autre écrivain moderne ne se rapproche autant des anciens par la magnificence d'exposition, la dignité soutenue du style, la savante harmonie, la pureté de la langue, affranchie d'archaïsmes et d'expressions vulgaires ; mais l'imitation évidente de l'antiquité le jette dans la rhétorique, les discours prolixes, les froides descriptions, et lui fait mêler le naturel à l'affectation. Il écrivait d'abord les faits, se réservant d'insérer ensuite ces discours finis avec tant d'art, mais que personne ne lit ; c^est pourquoi l'on en trouve si peu dans les quatre derniers livres, qu'il ne termina point, tandis qu'ils surabondent dans les cinq premiers, travaillés avec un soin extrême.
L'imitation le porte encore à faire usage, non-seulement de mots et de phrases indéterminés, mais de sentiments qui sont aujourd'hui incompréhensibles ou ridicules (2). D'un autre côté, avec ses habitudes d'avocat, il donne de l'importance à des
(1) La bataille de Pavie et tout le livre XV sont empruntés à Galéas Capeila; beaucoup d'autres récits sont copiés dans Cavalcanti, Rucellaï, Comines.
(2) Au commencement du livre XIV, il dit : » Il semble qu'après avoir été « environ trois ans en paix, elle (l'Italie) eut le ciel, son destin et la fortune ou <. envieux de son repos, ou craignant ( si elle se reposait plus longtemps ) qu'elle « ne recouvrât son ancienne félicité. »