‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 244 sur 352 · GUICCIARDINI · texte numérisé non relu

GUICCIARDINI

choses frivoles, et glisse sur celles qui sont graves ; il se complaît outre mesure dans certaines narrations spéciales, et manque de cette rapidité qui est nécessaire dans tous les genres de style, et surtout dans le style historique. D'ailleurs, ce qui prouve qu'il avait d'autres qualités que celles du style, qui se perdent dans la version, c'est qu'il fut réimprimé très-souvent , traduit dans toutes les langues, cité parmi les modèles. A nos yeux, cependant, il est bien loin de la majesté calme de Thucydide, de son abondance, de ses caractères si bien dessinés, de ses larges peintures de la vie. Toutefois le plus grand historien de l'Italie peut nous apprendre beaucoup de choses , mais surtout celle-ci : que tout l'art du rhéteur ne suffit pas po^ir déguiser l'iniquité des princes et la bassesse des auteurs.

Giucciardini se montre toujours hostile aux étrangers, mais principalement aux Français. Dans les faits relatifs à l'Église, il est ce qu'on appellerait aujourd'hui un libre penseur; car il traite les papes comme les autres princes, et souvent leur attribue à tort les maux de l'époque, bien qu'il en eût reçu de grands bienfaits, mais peut-être (comme le dit Apostolo Zeno) pas autant qu'il en espérait (1). Versé dans la pratique des manœuvres honteuses, riche de confidences puisées dans des relations intimes et de ses propres jugements, il sonde les choses avec une rare sagacité, et fait une application judicieuse des observations générales. Sans applaudirj sans s'indigner, mais avec une impartiahté qui se résout en déplorable indifférence, il trace un tableau exact de la politique et de la société, tableau horrible, où Ton ne reconnaît jamais ni vertu, ni religion, ni conscience, mais ambition, intérêt, calcul, envie. 11 croit qu'aucune vertu ne résiste à l'appât de l'argent et des fonctions ; en effet, dans le sénat de la patrie, il faisait toujours cause commune avec les oligarques, et ces hommes qui, à force d'apostasies, savent éviter tous les naufrages.

Le Comasque Paul Jove, évêque de Nocera, acquit une triste renommée; dans un latin très-bon, sinon très-pur, et plus sonore

(1) Les passages contraires à Rome furent supprimés dans la première édition faite par Torrentino à Florence, en 15GI ; on ne les réintégra que dans l'édition de 1775, sous la fausse date de Fribourg, mais d'ailleurs parfaitement conformes an manuscrit de l'auteur. Le passage le plus remartpiable et le plus long se trouve dans les livres iv et v selon la disposition de Rosiui ; il a trait à l'abandon :ait par les papes des choses spirituelles pour les affaires mondaines , des intérêts généraux pour les intérêts de leurs propres familles.

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