PAUL JOVE. HISTORIENS DE FLORENCE
qu'élégant, il traça un large tableau de l'Europe, depuis 1494 jusqu'en 1347. Sa position lui fit connaître beaucoup de faits ignorés des autres ; mais ce sont précisément ceux qui inspirent le moins de confiance en lui, parce que, vénal et passionné, il ne sait faire que des panégyriques ou des diatribes; il croit peu à la générosité, et pervertit la morale en justifiant les méfaits de ses héros. L'évêque de Pavie tombe assassiné, et l'historien vomit une lâche invective contre la victime pour disculper le duc d'Urbin. Don Gonsalve trahit le duc de Valentinois, et il l'excuse. Averti une fois qu'il avait avancé un mensonge : Laissez faire, répondit-il, d'ici à trois cents ans, tout sera vrai. Les trois siècles se sont écoulés, et ce laurier, qui croît au milieu des contradictions des forts et des larmes des souffrants, lui a été arraché.
Les historiens abondèrent à Florence. Jacques Nardi fut un chaud défenseur de l'indépendance de son pays, et, quand elle n'exista plus, il s'enfuit à Venise. Après s'être formé en traduisant Tite-Live, il décrivit les événements depuis 1492 jusqu'en 1631 ; riche de sentences, son style est vif et porte l'empreinte de la haine d'un émigré ; mais Varchi l'appelait son père , et Guicciardini, bien que d'un parti contraire , le consulta sur sa propre histoire. 11 aime les gouvernements de la classe moyenne, et il lui semble que, si l'on enlevait au corps social, « confus et pernicieux de sa nature, les deux parties extérieures, c'est-àdire la tête et la queue, le milieu serait très-utile et conviendrait à la constitution d'une république parfaite ».
Le sénateur Nerli, au contraire, se montre favorable aux Médicis dans les Commentaires des faits civils de Florence, depuis 1115 jusqu'en 1537.
Le gentilhomme Bernard Segni, écrivain correct, non élégant, ertibrassa la cause des modérés et du gonfalonier Nicolas Capponi, son oncle, dont il écrivit la vie. Il traça le tableau des trois années durant lesquelles Florence fut libre, « pour montrer quelles sont les coutumes des citoyens florentins au sein de la liberté, afin que ceux qui viendront après ne mettent pas beaucoup d'espérance dans la gloire et la douceur de la vie libre » ; puis il continua jusqu'à la prise de Sienne, avec peu d'art dans latrameet la transition, mais avec autant de candeur d'esprit que de style, et ne sortant jamais de cette modération qu'on trouve si rarement chez l'écrivain qui parle de contemporains. Il avait fait à tous un mystère de son travail, qui, trouvé seulement après sa
mort, ne vit le jour, comme celui de Nerli, que dans le siècle suivant.
Benoît Varchi, comme les trois auteurs précédents, ne fut pas témoin oculaire; mais, sur de nouveaux documents ou des lettres de Jean-Baptiste Busini (qui ont été publiées en 18-22), il écrivit une histoire depuis la dernière proclamation de la liberté Ijûô florentine jusqu'à l'avènement de Cosme V\ Bien qu'il eût partagé les espérances, .les persécutions et l'exil des républicains, il fut chargé, grâce à sa réputation d'homme de lettres, de ce récit et de ces documents, avec une subvention du duc, auquel il lisait son travail à mesure qu'il le composait; néanmoins il ne sut ni dire ni faire assez pour le satisfaire, et l'on chercba à supprimer son livre, qui ne fut publié que plus tard. Varchi dit avoir pris pour modèle Polybe et Tacite ; mais combien il est loin du jugement de celui-là et de la concision de celui-ci ! Affecté comme presque tous les écrivains du seizième siècle, il accumule sans choix les détails, au point qu'il est fatigant à lire ; néanmoins, comme il rapporte la moindre circonstance, chaque discours, il nous fait vivre véritablement au milieu de ces derniers Florentins. 11 n'oublie jamais son amour pour sa patrie ; s'il ne les dit pas, il laisse deviner les moyens qui furent employés pour enlever la liberté, et Florence « passa d'état licencieux et corrompu à la tyrannie, plutôt que de république saine et modérée à la principauté » . Lorsqu'il jette les regards sur l'avenir, il ne trouve aux désastreux bouleversements de l'Italie d'autre remède que l'avènement d'un prince heureux et prudent qui la domine.
Le meilleur récit, à partir de 1494 jusqu'en 15:29, nous est offert par Jacques Pitti, qui compile souvent, mais avec juge-, ment, les écrits de ceux qui l'ont précédé. Bien qu'il eiJt composé l'apologie des Cappuci et célébré Sodcrini, il ne refuse pas des louanges aux Médicis; mais il réprouve Machiavel, Guicciardini et les autres plumes vénales.
L'histoire de Jean-Baptiste Adriani , qui embrasse son époque, est une continuation de Guicciardini jusqu'en 1574, année où mourut l'auteur, après avoir combattu pour sa chère Florence, puis enseigné l'éloquence à Padoue. S'il est vrai que les matériaux lui furent donnés par Cosme de Médicis, il put en tirer beaucoup de faits inconnus à d'autres, et ne pas sacritier entièrement son indépendance.
Scipion Ammiralo de Leccc, connaissant « qu'il ne pourrait igoi
IliST DES ITAl.. — T. Vil. 25