‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 246 sur 352 · SCIPION AMMIRATO. MICHEL BRUTO · texte numérisé non relu

SCIPION AMMIRATO. MICHEL BRUTO

atteindre à la naïveté et à la pureté de la langue des Villani, ni à la gravité des pensées de l'Arétin, ni à la finesse et à la perspicacité de Machiavel, ni à la grandeur et à la force de Guicciardini, ni à la plaisante et joyeuse abondance de Jove », chercha à les surpasser par l'exactitude chronologique et la richesse des faits. C'étaient là des mérites secondaires; il ne les eut pas même à un haut degré, car il raconte sous forme d'annales distribuées par périodes bimestres , durée des fonctions des gonfaloniers florentins. Sur ce lit de Procuste , qu'il se fit lui-même et dont il sent d'ailleurs toute la gêne (1), il ne peut relier les faits, et perd toute largeur de vue et de conséquences. Parfois trivial dans ses réflexions, il adule les Médicis jusque dans leurs aïeux (2), et, bien que sa narration soit ample et correcte, il manque toujours de chaleur.

Jean-Michel Bruto était étranger à Florence ; il fit de nombreux voyages, accompagna en Pologne le roi Etienne Bathori, dont il décrivit les expéditions , fut nommé historiographe de l'empereur Rodolphe II, et mourut en Transylvanie, à ce qu'il parait. Pour échapper à la tentation de se vendre, il s'habitua à vivre d'une manière très-frugale. Sous l'inspiration des bannis, il entreprit de venger ( dans la langue alors la plus répandue , c'est-à-dire le latin) les Florentins des calomnieuses adulations de Jove, en dévoilant les moyens iniques employés par les Médicis pour inoculer la servitude à cette république. Comme il avait vu beaucoup de pays , il put s'élever à des considérations plus étendues que les pédants stipendiés, dont il corrige les adulations par les sentiments de haine dont il est animé.

Quant aux faits particuliers à Florence , Machiavel, parmi ses contemporains, ne jouit pas de la réputation que les écrivains postérieurs lui ont attribuée, dans l'hypothèse d'une pensée

(1) " Je crains que cette accumulation de choses ne soit pour beaucoup une •< cause d'ennui , mais, comme je suis forcé de me renfermer dans l'espace étroit « de deux mois, d'autant plus que la matière est multiple et très-variée, puisque, « dans le même temps, la guerre sévissait dans toute l'Italie, quel autre moyen « me reste-t-il pour décrire ces faits avec la plus grande clarté possible ? » (Livre XXV.)

(2) Dans le livre quatrième, il se vante d'avoir ouï dire au duc Cosme que la fameuse cloche de Pise pesait 27,000 livres, et qu'on l'entendait à treize milles de dislance. — Ammirato jeune, investigateur soigneux de documents dans les archives, fit à son travail de nombreuses additions qui ne font qu'embarrasser le récit.

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