‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 247 sur 352 · MACHIAVEL HISTORIEN · texte numérisé non relu

MACHIAVEL HISTORIEN

soiis-entendiie, différente de celle qu'il exprimait (i). Dans son admiration exclusive pour Rome et la Grèce , il édifie sa cité d'après ces deux types : les nobles la régirent d'abord seuls , puis l'orgueil et l'arrogance les firent remplacer par la classe moyenne, qui, en tombant dans ses propres erreurs et celles des gouvernements antérieurs , ouvre la voie à la principauté. Cependant, bien qu'il fasse naître parfois de combinaisons fortuites ce qui est un développement normal^ et que, par l'abstraction et l'accident, il enlève à l'histoire cette vie qui palpite dans les chroniqueurs, il se distingue de tous parce qu'il voit dans les faits autre chose que leur manifestation successive.

Ses Discours sur les Décades de Tite-Live ne sont l'œuvre ni d'un critique ni d'un historien; il ne vérifie pas les faits, et pourtant il veut en déduire des théories sur le gouvernement romain. Loin de révéler les mystères de cette histoire, il ne les soupçonne même pas ; il emprunte à son auteur les faits quels qu'ils soient, et les puise même dans les discours , certainement inventés : mais il les employait, à l'imitation des prédicateurs d'alors, pour en faire un texte de digressions sur des matières diverses. Il ne faut donc pas y chercher Thistoire ancienne, mais bien des applications continuelles, ainsi que la connaissance des hommes et de la société. Dans ce travail , il ne court pas , comme Montesquieu, après les effets et les antithèses, pour soutenir des propositions capricieuses à l'aide de documents choisis au hasard ou à dessein ; mais il se montre convaincu par sa propre expérience.

(I) Ammirato (livre xxiii) dit de Machiavel « qu'on le trouve peu soigneux dans tout son ouvrage ; si nous voulions en relever les erreurs, ou nous manquerions à la dignité de l'histoire , ou hien , à coup sûr, nous encourrions le blâme de malveillant. Il fausse la chronologie, change les noms, altère les faits, confond les causes, accroît, ajoute, enlève, diminue, et fait tout ce dont il lui prend fantaisie sans être retenu par aucune loi. Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est qu'en beaucoup d'endroits il fait cela plutôt à dessein que parce qu'il se trompe, ou parce qu'il ignore que les choses se sont passées autrement. Peut-être faisait-il ainsi pour que le style fût plus beau et moins aride, ce qu'il n'aurait pas obtenu en respectant les époques et les faits, comme s'il devait accommoder les choses au style et non le style aux choses. »

« Machiavel, au lieu de nous donner les làstoircs floreitiines, comme le porté « le titre de sou livre, ne nous a donné que l'histoire des ambilions Jloreiiiliies. u L'état économique et moral de ce peuple est tellement oublié qu'on n'aperçoit « aucune diflérence entre le siècle des Médicis et celui des IJuondelmonti et « des Amidei. » {y\.Qm\*iV.Oil, DeW indolc e deijatloii deU'incmlimcnlo, pari, n, paragr. 3.)

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