SANUTO. NAVAGERO. BEMBO
cipation à la souveraineté comme citoyen; il abonde en documents privés et publics. Le conseil des Dix lui permit de consulter les archives « et ces lettres qui transmettent les nouvelles de diverses parties du monde, à mesure qu'elles viendront, de jou^* en jour, des orateurs ou des recteurs de la république , après qu'on les aura lues dans les Pregadi, et lorsqu'il ne sera point recommandé particulièrement de les tenir secrètes. » Il se tint constamment dans les rangs de l'opposition; mais, en voulant que l'on conservât les anciennes institutions , il repoussait les réformes que le siècle réclamait. Ses Vies des doges sont imprimées; mais il laissa, écrits de sa main, cinquante-huit volumes in-folio au conseil des Dix, seul patrimoine d'une famille dogale et souveraine de Naxos et d'autres îles de l'Archipel (1).
La charge d^historiographe de la république de Venise, créée pour Sabellico, médiocre et vénal, fut ensuite remplie par André Navagero, qui continua le récit jusqu'en 1498; mais, n'ayant i529 pu le terminer, il le brûla avant de mourir. Quoi qu'il en soit, la traduction italienne, vraie ou supposée, qui existe, est une des histoires les plus fidèles et les plus patriotiques (2) . Pierre Morosini, dont le récit s'arrête à l'année 1486, entreprit de refaire en italien l'œuvre de Navagero et celle de Pierre Giustiniani, qui écrivit en latin l'histoire jusqu'en 1575; mais, comme les sources ne sont pas indiquées, ces travaux méritent moins de créance.
Pierre Bembo, à partir du point où finit Morosini, va jusqu'en i5« 1513, l'époque la plus importante de sa patrie. Étranger aux affaires d'État, dans un pays où tant d'individus y participaient, il ne sait pas animer le récit par la hardiesse d'exposition, par la vivacité des détails, par l'attrait de faits mystérieux. Les Dix lui offraient les lettres secrètes ; il se contenta de leur demander le
(1) Rapport sur la nne et les œuvres de Marin Sanuto dit Junior, patricien de Venise, etc. (Rawdon Brow>' ; Venise, 1838). Cts travaux sont dans la bibliotlièque devienne; mais la Iiihiiothèque Marciana en a obtenu une copie, et ce qui prouve leur importance, c'est que les honuues studieux les consultent continuellement.
(2) Les rapports envoyés par Navagero , pendant son ambassade auprès de Charles-Quint en 1524, sont importants. E. Cicogna, dans Saint-Martin de Mitrano, en a donné un résumé. 11 entendit cet empereur reprocher à l'ambassadeur de France que François I" lui avait proposé de descendre en Italie, et de la partager entre eux, après avoir détruit la puissance pontificale.
390 LOUIS BORGHI. PARUTA.
journal de Sanuto (1). Parfois il décrit bien, mais en rhéteur, et ne pénètre jamais dans les causes ; raffiné outre mesure, aussi frivole qu'une gazette, il vante sans cesse son gouvernement. Il écrivit l'histoire en latin et en italien : dans l'une, dit-on, il égale Cicéron, et dans l'autre Boccace ; mais, en réalité, on y trouve toujours une élégance compassée, des périodes obscures , les idées nouvelles déguisées sous des expressions archaïques et des allusions mythologiques; puis, tandis qu'il donne le mois et le jour des faits, il néglige de citer l'année, ou bien, à la manière des auteurs romains, il l'indique en partant de la fondation de la cité.
Les Dix chargèrent Louis Borghi de le continuer, en exigeant « qu'il exposât les faits intégralement et avec sincérité, d'autant plus que, comme il rapporterait des choses qui ne devaient pas être pubhées, son œuvre serait gardée et lue seulement des sénateurs. » Son histoire resta manuscrite , et se trouve mainteiîantdansla bibliothèque Marciana.
1598 Après lui , d'autres secrétaires remplirent cette charge, et le
plus distingué fut Paul Paruta, narrateur de la guerre de Chypre et des événements qui s'accomplirent de 1513 à 1552. "Versé dans les affaires et les intrigues publiques, il raconte sans omettre les circonstances ni les causes, combine les événements de Venise avec ceux de toute l'Europe, ramène les faits divers vers un centre principal, et sait en tirer des réflexions instructives. Il donne une idée complète de la république vénitienne en faisant connaître les mobiles de ses actions, l'institution des citoyens, l'accord entre les membres de la principauté, les limites de la puissance, les bornes de la juridiction, les fondements de la liberté ; en rendant un compte exact des délibérations, il dé-
(1) Le décret du conseil des Dix, du 26 septembre 1530, après des généralités sur l'importance de l'histoire et des louanges pour Bembo, « dont les œuvres latines se lisent dans toute l'Italie et la clirctienlé avec beaucoup d'estime et d'admiration » , lui confie la garde de la bibliothèque Nicena et la continuation des décades sabelliques. U Histoire 'vénitieniit; Atlitmho en italien fut imprimée avec beaucoup de corrections, non-seulement pour les choses, mais pour le style, les expressions et la période.
L'original autographe fut trouvé dans les archives des Dix, qui le déposèrent en 1788 à la bibliothèque Marciana , où il se trouve maintenant; c'est sur ce manusciit que Morelli, d'après les instances du procurateur François Pesaro, fit sa belle édition de 1790.
Bien que l'ouvrage dût comprendre quarante-quatie ans, il ne va que de 1487 à 1512.