RAPPORTS. LETTRES
le changement de forme; les coutumes et les opinions au milieu desquelles surgirent les personnages et leurs desseins; les désirs, les frayeurs, les souffrances de cette tourbe qui subit les conséquences des événements sans avoir concouru à les produire (1).
Les historiens qui écrivent en latin sont inférieurs aux autres, parce qu'ils se préoccupent de la forme pour laquelle ils mutilent ces détails qui ravivent le mieux les époques. Néanmoins il faut distinguer le Milanais Galéas Capella, secrétaire d'État de François II Sforza, auquel il resta fidèle dans le malheur, et qui raconta les tentatives faites pour le rétablir, de 1521 à 1530, outre l'expédition contre le châtelain de Musso ; tel est son mérite que Guicciardini le copie souvent (2). D'autres encore écrivirent des chroniques dans un intérêt domestique, sans choisir les faits, sans les vérifier ni les fondre; elles sont grossières hors de la Toscane, mais d'ailleurs très-précieuses comme révélant les impressions personnelles.
I/intelligence de ces temps apparaît plus évidente dans les rapports des ambassadeurs, rapports qui, outre les aperçus sta-
( 1 ) Parmi les nombreuses histoires municipales, nous mentionnerons seulement : pour Padoue, lîernardin Scardeone ; pour Rovigo, André Nicolio ; pour Trévise, Boniface et Burchelati ; pour Vérone, Rizzoni , Corte , Saraina ; pour Brescia, Cavriolo;pourBerganie, Bellafini et Jean-Chrysostome Zanrhi (Z)e Orobiorumsive Cenomanorum origine ; Venise, 1531), qui exalte sa patrie, comme on le faisait alors, avec des opinions exagérées, combattues par Gaudenzio Merula de Novare et par Bonaventure Castiglioni de Milan, lesquels écrivirent sur les Gaulois cisalpins, et connurent, comme Octave Ferrari de Milan, les erreurs d'Annio de Viterbe; pour Crème, Alemanio Finio ; pour Bellune, Piloni et Doglioni; pour Feltre, Dalcorno ; pour Vicence, Maccà, Barbarono, Castellini; pour le Frioul, Jean Candide; pour Ferrare, Pellegrino Prisciani, Gaspard Sardi , Cintio Giraldi, et Jérôme Falletti et Pigna, spécialement pour la maison d'Esté; pour Milan, Alciat, Merula, Bescapè, Morigia, outré les clironi([ues de Cagnola, de Burigozzo, de Prato; pour Côme, Benoît Jove et François Muraito; pour Crémone, Antoine Campi ; pour Mantoue, Equicola ; pour Ravenne, Tliahile médecin Jérôme Rossi; pour Bologne, Alberti, Sigonio, Achille Bocchi, Ghirardacci; pour la Sicile, Maurolico et Fazello.
Benvenuto de Saint-George, comte de Biandrate, fit en latin une histoire exacte du Montferrat, en se servant des archives, qu'il eut à sa disposition. Uu discours de don Vincent Borghiui sur l'histoire de Florence est rempli d'érudilion.
(2) Il faut y ajouter Georgi; Florio, professeur de rhétorique à Milan, qui écrivit en six livres les guerres de Louis XII et de Charles VIII : il est favorable aux Français ; et Biagio Buonaccorsi de Florence , qui fit un journal aride, de 1498 à 1512.