RAPPORTS. LETTRES
tistiques, offrent des tableaux de coutumes diverses , des préceptes, avec des applications d'économie et de politique. Les Vénitiens nous en ont laissé beaucoup qui bientôt seront imprimées. Jean Guidiccioni de Viareggio, évêque de Fossombrone, homme excellent et simple, animé de sentiments chrétiens et patriotiques, accompagna, comme nonce, Charles-Quint en Afrique ; dans ses lettres, il nous a laissé un précieux tableau des affaires de ce temps. Un célèbre amateur de livres, Jérôme Ruscelli , a trouvé le moyen de faire une collection de Leftrea de princes à des princes, véritablement précieuses. Les Lettres familières de treize hommes illustres, recueillies par Denis Atanagi, ont la même valeur; outre celle de da Porto sur la guerre de Venise, et de Busini sur le siège de Florence, un grand nombre d'autres ont été tirées naguère des Archives de France par les soins de Molini; d'autres sont dispersées dans les collections ou parmi les œuvres des écrivains d'alors, ou bien se découvrent çà et là : l'homme qui saurait en faire un choix et les coordonner en une histoire d'Italie, racontée par des contemporains, rendrait à la patrie un service signalé.
Le lecteur a vu que nous puisons largement dans ces documents. Les lettres les plus remarquables par la finesse des observations sont celles qu'échangèrent Nicolas Machiavel et François Vettori, intelligences nourries de fortes études, puis exercées dans les ambassades et les magistratures , mais surtout aiguisées par le mécontentement. Partisans des gouvernements forts, c'est-à-dire absolus, ils avaient d'abord pris ombrage de Venise, comme dangereuse pour l'indépendance des autres États italiens; puis ils s'effrayèrent des Suisses, et ne s'aperçurent pas que le plus grand péril venait du prodigieux agrandissement de la maison d'Autriche.
Au milieu de ces combinaisons éphémères, un autre danger, trop réel encore, échappait à leurs regards, et Vettori, au mois de juin 1513, écrivait à Machiavel : «Nous errons parmi les « chrétiens, et nous laissons de côté le Turc, lequel , pendant que « les princes d'ici règlent des accords, fera quelque chose qui en ■ « étonnera beaucoup. Le Turc a besoin d'être homme de guerre « et capitaine par excellence; on voit que son but est de domi- « ner. La fortune le favorise ; il a des soldats qui ne le quittent «jamais, beaucoup d'argent, dévastes pays, sans avoir are - 0 douter aucun obstacle, et se trouve en contact avec les Tar- « tares; je ne serais donc pas surpris si, avant qu'une année