‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 254 sur 352 · PUISSANCE DES TURCS. LEUHS INCURSIONS · texte numérisé non relu

PUISSANCE DES TURCS. LEUHS INCURSIONS

« s'écoule , il portait un grand coup à l'Italie et forçait ces prêa très à changer d'allure ; pour le moment, je n'en veux pas « dire davantage sur ce sujet. »

Cette puissance, en effet, avec une marine formidable, l'unique armée permanente, était alors la plus forte de l'Europe. Tout cp qu'il y avait dans la chrétienté de perturbateurs, de révolutionnaires, de bannis, tendait à s'affranchir des obligations de l'État et de l'Église en embrassant l'islamisme. Les Turcs , qui disaient grand cas des renégats, parce qu'ils les savaient fatalement liés à leur cause, choisissaient parmi eux les principaux magistrats et les capitaines ; ainsi l'activité des chrétiens et l'ardeur ordinaire des proscrits augmentaient la grandeur de la Turquie. Maîtresse d'un vaste demi-cercle autour de la Méditerranée, elle assiégeait l'Italie , soit de la côte d'Afrique , soit de celle duLevant, et, non contente d'interrompre les relations commerciales, elle enlevait toute sécurité au littoral italien. En -1517, informés que Léon X passait la belle saison sur les côtes de la mer, ils résolurent d'enlever cette riche proie, et, débarquant de dix-huit fustes, ils n'échouèrent dans leur tentative que par miracle. Alors ils se jetèrent sur l'île d'Elbe, appartenance du seigneur de Piombino, et la dévastèrent. L'année suivante, «ils prirent à la hauteur d'Ostie et jusqu'à l'embouchure du Tibre quelques navires qui venaient de Rome, et, opérant une descente, ils enlevèrent des hommes et des femmes ; le cardinal de Saint- George et le cardinal Agenense, qui se trouvaient à la campagne à Oslie et près de Porcigliano, se sauvèrent par la fuite (1). »

Ils étaient semblables à des désastres naturels , que chacun prévoit, mais dont personne ne sait prévenir l'arrivée. Le Grand Seigneur lui-même ne pouvait refréner le corps des janissaires, ce monstre organisé pour la guerre , ni la piraterie des Barbaresques. Le danger s'accrut pour la chrétienté lorsque Sélim remplaça Bajazet II, son père. Homme sanguinaire, il ne respi- ^^^g rait que guerre sainte, extermination, délices du carnage, bien qu'il eût la prétention de subordonner les massacres aux décisions de la sagesse : il proposait au mufti des cas de conscience, de la solution desquels dépendait la vie de milliers d'hommes; une fois il lui demanda si l'on ne ferait pas œuvre sainte en égorgeant les deux tiers du genre humain pour sauver l'autre. Furieux contre les clirétiens autant qu'avide de nouvelles acqui-

(!) Lettre du cardinal Bibiena parmi celles des Princes à des Princes.

396 CROISADE COÎîTRE LES TURCS.

sitions, après avoir enlevé la Syrie et Jérusalem, soumis et tué le Soudan d'Egypte, vaincu le sofi de Perse, coupable de croire à l'incarnation de Dieu, il put, avec des forces doublées, se retourner contre Europe, coupable de la môme croyance. Ayant ir)!8 appelé le vizir Piri-pacha, il lui dit : « Si cette race de scorpions « couvre les mers avec ses vaisseaux; si la bannière de Venise, « du pape, des rois de France et d'Espagne domine sur les eaux « de l'Europe , c'est la faute de ma tolérance et de ta négli- « gence ; je veux une flotte nombreuse et formidable. »

On se mit aussitôt à l'œuvre, et les chantiers, jusque-là délaissés, préparèrent des centaines de vaisseaux de guerre. L'Europe est saisie d'effroi en apprenant que, du haut des minarets, on proclame l'anéantissement du Christ par le bras d'Allah ; les vieillards racontent que le Grand Turc impose un tribut perpétuel de femmes pour son sérail , et de jeunes garçons pour ses armées ; les mères pressent leurs enfants sur leur sein en entendant parler de créatures en bas âge briilées, d'hommes sciés, de prêtres écorchés. Le cri de la croisade retentit de nouveau ; le pape Léon exhorte les rois chrétiens à rétablir la concorde parmi eux, à offrir chacun de l'argent et des hommes pour attaquer les Turcs, sous le commandement du grand maître des chevaliers Teutoniques; tous promettent, et les détails de ces préparatifs peuvent nous donner la mesure, et, comme nous disons aujourd'hui , la statistique des puissances d'alors (1).

(1) NoJis les puisons dans François Mural to, qui a laissé sur ceUe époque une chronique, restée manuscrite ; on trouve aussi des renseignements dans RoscOE, yie de Léon X, vol. 7, édit. de Milan.

La guerre contre les Turcs fut toujours un sujet d'exhortations populaires en prose et en vers. Sans parler des compositions des lettrés, nous avons de 1480 des poésies vulgaires , de fonne bizarre , parmi lesquelles nous choisissons ce sonnet:

Surgite eamus, dixe el bon Jesîi,

Ecce appropinqiiat chi trader me de' :

Surgite et vos signer principi, re ;

Che Juda è in Porto, non dormile pifi. Non potiiisiis vigilare. Or su

Pigliate l'arme in man, clie'el tempo n'è;

O sliilti et tarcli, non vedete clie

Se non ve unité insienie, tristi vu?

Guardate Jovc che a Saturne va

Per farno in l)reve lempo sentir ciù

Che tante lingue han predicato già.

Surgite aduuche ad quiU : ma per che no

Page 1